barbery

4e couverture:

C’est le plus grand critique culinaire du monde, le Pape de la gastronomie, le Messie des agapes somptueuses. Demain, il va mourir. Il le sait et il n’en a cure : aux portes de la mort, il est en quête d’une saveur qui lui trotte dans le cœur, une saveur d’enfance ou d’adolescence, un met originel et merveilleux dont il pressent qu’il vaut bien plus que tous ses festins de gourmet accompli.

Alors il se souvient. Silencieusement, parfois frénétiquement, il vogue au gré des méandres de sa mémoire gustative, il plonge dans le cocottes de son enfance, il en arpente les plages et les potagers, entre campagne et parfums, odeurs et saveurs, fragrances, fumets, gibiers, viandes, poissons et premiers alcools… Il se souvient – et il ne trouve pas. Pas encore.

Le premier bouquin de Muriel Barbery est un magnifique petit bijou de sensualité, un condensé de saveurs toutes plus alléchantes les unes que les autres. La structure du roman est très intéressante. La narration des chapitres alterne entre le mourant qui, de sa chambre, évoque ses souvenirs culinaires dans le but de découvrir un goût, ce goût tant recherché, et les êtres qu’il a côtoyé tout au long de sa vie. Tous ont un mot, pas toujours gentil, pour cet homme indifférent à sa famille et aux gens qui l’entoure, et qui en a rendu plus d’un malheureux. L’écriture de Barbery est sublime. La description qu’elle fait d’un simple aliment comme la tomate donne une furieuse envie de croquer cette chair juteuse et délicieuse. Une évocation frisant l’érotisme. Un vrai régal.

9/10

Extraits :

« La tomate crue, dévorée dans le jardin sitôt récoltée, c’est la corne d’abondance des sensations simples, une cascade qui essaime dans la bouche et en réunit tous les plaisirs. La résistance de la peau tendue, juste un peu, juste assez, le fondant des tissus, de cette liqueur pépineuse qui s’écoule au coin des lèvres et qu’on essuie sans crainte d’en tacher ses doigts, cette petite boule charnue qui déverse en nous des torrents de nature : voilà la tomate, voilà l’aventure. » p. 52-53

« Mais je sais aujourd’hui qu’il n’y a de « terroir » que par la mythologie qu’est notre enfance, et que si nous inventons ce monde de traditions enracinées dans la terre et l’identité d’une contrée, c’est parce que nous voulons solidifier, objectiver ces années magiques et à jamais révolues qui ont précédé l’horreur de devenir adulte. Seule la volonté forcenée qu’un monde disparu perdure malgré le temps qui passe peut expliquer cette croyance en l’existence d’un « terroir ». p.60

« Aérienne, oui ; le sorbet est aérien, presque immatériel, il mousse juste un peu au contact de notre chaleur puis, vaincu, pressé, liquéfié, s’évapore dans la gorge et ne laisse à la langue que la réminiscence charmante du fruit et de l’eau qui ont coulé par là. » p.125

Une gourmandise, Muriel Barbery, Gallimard, 2000, 141p.