vendredi 27 février

Une gourmandise - Muriel Barbery

barbery

4e couverture:

C’est le plus grand critique culinaire du monde, le Pape de la gastronomie, le Messie des agapes somptueuses. Demain, il va mourir. Il le sait et il n’en a cure : aux portes de la mort, il est en quête d’une saveur qui lui trotte dans le cœur, une saveur d’enfance ou d’adolescence, un met originel et merveilleux dont il pressent qu’il vaut bien plus que tous ses festins de gourmet accompli.

Alors il se souvient. Silencieusement, parfois frénétiquement, il vogue au gré des méandres de sa mémoire gustative, il plonge dans le cocottes de son enfance, il en arpente les plages et les potagers, entre campagne et parfums, odeurs et saveurs, fragrances, fumets, gibiers, viandes, poissons et premiers alcools… Il se souvient – et il ne trouve pas. Pas encore.

Le premier bouquin de Muriel Barbery est un magnifique petit bijou de sensualité, un condensé de saveurs toutes plus alléchantes les unes que les autres. La structure du roman est très intéressante. La narration des chapitres alterne entre le mourant qui, de sa chambre, évoque ses souvenirs culinaires dans le but de découvrir un goût, ce goût tant recherché, et les êtres qu’il a côtoyé tout au long de sa vie. Tous ont un mot, pas toujours gentil, pour cet homme indifférent à sa famille et aux gens qui l’entoure, et qui en a rendu plus d’un malheureux. L’écriture de Barbery est sublime. La description qu’elle fait d’un simple aliment comme la tomate donne une furieuse envie de croquer cette chair juteuse et délicieuse. Une évocation frisant l’érotisme. Un vrai régal.

9/10

Extraits :

« La tomate crue, dévorée dans le jardin sitôt récoltée, c’est la corne d’abondance des sensations simples, une cascade qui essaime dans la bouche et en réunit tous les plaisirs. La résistance de la peau tendue, juste un peu, juste assez, le fondant des tissus, de cette liqueur pépineuse qui s’écoule au coin des lèvres et qu’on essuie sans crainte d’en tacher ses doigts, cette petite boule charnue qui déverse en nous des torrents de nature : voilà la tomate, voilà l’aventure. » p. 52-53

« Mais je sais aujourd’hui qu’il n’y a de « terroir » que par la mythologie qu’est notre enfance, et que si nous inventons ce monde de traditions enracinées dans la terre et l’identité d’une contrée, c’est parce que nous voulons solidifier, objectiver ces années magiques et à jamais révolues qui ont précédé l’horreur de devenir adulte. Seule la volonté forcenée qu’un monde disparu perdure malgré le temps qui passe peut expliquer cette croyance en l’existence d’un « terroir ». p.60

« Aérienne, oui ; le sorbet est aérien, presque immatériel, il mousse juste un peu au contact de notre chaleur puis, vaincu, pressé, liquéfié, s’évapore dans la gorge et ne laisse à la langue que la réminiscence charmante du fruit et de l’eau qui ont coulé par là. » p.125

Une gourmandise, Muriel Barbery, Gallimard, 2000, 141p.

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samedi 21 février

Le livre de Dina T1: Les limons vides - Herbjorg Wassmo

wassmo4e couverture:

« Figé dans un linceul de glace, à l’extrême pointe de la Norvège, le Nordland est un pays de fin du monde. […] Là-bas, se déchaîne une furie, une femme, Dina, que la mort suit comme son ombre. Enfant, Dina est frappé par le destin, par la main de Dieu ou par celle du diable. Ou par les trois. Elle tue sa mère. Maudite par son entourage, abandonnée à elle-même, elle grandit, sauvage et, surtout, libre. Dès lors, Dina, arrogante, farouche, ira, seule, sur un long chemin de hargne. […] Le livre de Dina est un long requiem, un chant de douleur et de violence, de folle passion et d’insondable solitude. Ici, l’amour est une danse effrénée et voluptueuse, une torture, une mise à mort. Herbjorg Wassmo dirige son tumultueux personnage d’une plume rapide, sensuelle, vertigineuse. Elle dompte les mots, les images, les sens, tout comme sa Dina asservit son étalon ou ses amants, assouvit sa rage de vivre. Sans palabres. »

Martine Laval, Télérama

En état de choc après la mort de sa mère, état qui va durer plusieurs années, voire toute sa vie, Dina devient une enfant sauvage et indomptable. Pour se débarrasser de sa jeune fille difficile, son père la donne en mariage, à seize ans, à un homme deux fois plus âgé. On découvre alors en elle une femme perverse et sexuelle.

J’ai un avis plutôt mitigé sur ce premier tome de la trilogie Le livre de Dina. Ce n’est pas nécessairement que je n’ai pas aimé, mais j’ai trouvé l’histoire très bizarre. J’ai éprouvé un certain malaise devant plusieurs passages du roman. Je me sentais un peu comme un voyeur qui regarde par le trou d’une serrure et qui voit des choses qu’il ne devrait pas voir… Par contre, j’ai bien aimé la belle écriture de Herbjorg Wassmo, ses descriptions des paysages de la Norvège des années 1840 font rêver. Je lirai probablement les deux tomes suivants, car malgré tout l’auteur a su piquer ma curiosité.

7/10

Extrait :

« Brusquement il sentit sa bouche sur la sienne. Ses bras s’agrippaient à lui comme des branches de saule pleines de sève printanière. Son parfum était si fort qu’il ferma les yeux. » p.29

Herbjorg Wassmo, née en Norvège en 1942, vit à Hihnöy, une petite île située au nord du Cercle polaire. Très populaire dans les pays scandinaves, cette ancienne institutrice férue de poésie se consacre à la littérature depuis vingt ans. Après la trilogie de « Tora » ( La Véranda aveugle, La Chambre silencieuse, Ciel cruel), elle connaît un grand succès avec la trilogie « Le livre de Dina » (Les Limons vides, Les Vivants aussi, Mon bien-aimé est à moi), puis Fils de la Providence, Herbjorg Wassmo achève l’épopée de la flamboyante Dina avec la trilogie « L’Héritage de Karna » (Mon péché n’appartient qu’à moi, Le Pire des silences, Les Femmes si belles). Le livre de Dina a depuis été porté à l’écran par le metteur en scène danois Ole Bornedal avec Gérard Depardieu, Maria Bonneville et Pernilla August dans les rôles principaux. Herbjorg Wassmo à également publié La Fugitive et Un verre de lait, s’il vous plaît.

Le livre de Dina T1: Les limons vides, Herbjorg Wassmo, Gaïa, 10/18, 1994, 172p.

abc_abeille

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samedi 14 février

Ahh l'amour....

valbee

Je vous souhaite une très joyeuse St-Valentin, plein d'amour et de bisous!

~XoX~

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lundi 02 février

L'histoire de Catherwood - Marly Youmans

Catherwood4e couverture:

Nous sommes en 1678 quand Catherwood et Elisabeth, sa fillette âgée de un an, se perdent dans une forêt du Nouveau Monde. Récemment émigrée d’Angleterre, Catherwood vient de s’installer avec son mari près d’Albany, dans l’État de New York. Mais il suffit d’une brève inattention par un matin de printemps pour qu’une visite à des voisins se transforme en une longue errance solitaire.

À l’arrivée de l’été, Catherwood traverse un paysage aussi dur et impitoyable qu’il est majestueux et luxuriant. Les mois d’hiver approchant, elle cherche frénétiquement des signes de présence humaine dans cette contrée déserte, tout en luttant pour rester en vie avec sa fille.

L’histoire de Catherwood est une superbe évocation de l’Amérique à l’époque où ce pays était véritablement un nouveau monde. Livre subtil au charme envoûtant, c’est à la fois une fable, un roman historique (l’atmosphère est minutieusement reconstituée) et l’étude du cœur d’une mère dotée d’un incroyable courage.

J’ai choisi ce roman tout à fait par hasard en fouinant à la bibliothèque pour trouver un auteur de la lettre Y pour mon Challenge ABC. Je ne l’ai pas inclus dans ce challenge mais j’ai quand même décidé de lire le livre puisqu’il était très court. Je ne le regrette pas du tout puisque c’est un petit trésor. Ce n’est pas un chef-d’œuvre, mais j’ai ressenti un petit quelque chose en lisant ce récit touchant. L’écriture de Marly Youmans y est pour beaucoup. Il y a de magnifiques bijoux de phrases, des descriptions sublimes, et l’histoire n’est pas banale du tout.

8/10

Extraits :

« Il y eut un violent coup de vent, un craquement sec, le nuage absorba le crépuscule, et le ciel vira au jaunâtre; un calme, et tout ne fut plus que ténèbres. Semblant jaillir à reculons d’une flottille de petits nuages, la lune courut se cacher derrière le velours sombre. L’obscurité se fendit, déversant comme par magie sa blanche semence, pluie d’innombrables petites lunes heurtant les mâts et les vergues, rebondissant et roulant sur le pont, se logeant dans les organeaux et les crevasses. À l’abri d’une épaisse toile que martelaient des pierres de cire, serrés l’un contre l’autre, Catherwood et Gabriel virent l’averse de grêle s’arrêter aussi soudainement qu’elle avait commencé. Les vents déchirèrent le nuage, et la lune apparut dans un halo. » p. 19

« Grisées, amoureuses des pétales aux lèvres soyeuses, les abeilles dégringolaient, roulaient de fleurs en feuilles, se rétablissant en plein vol avant de zébrer l’air ou de se poser sur un brin d’herbe. » p. 46

« La fin de l’automne arriverait avec ses jours de chute de feuilles rouges, puis jaunes. Le gel s’accrocherait au sol nu, enfoncerait ses griffes là où Elisabeth dormirait comme une graine. Puis le roi hiver rôderait dans la forêt, la couvrant de neige. Tout étincellerait de sceptres de glace, couches de froid s’amoncelant jusqu’à ce qu’un vert étouffé brille faiblement au plus profond de châteaux souterrains. Ce n’était pas la place d’un enfant. » p. 141

L’histoire de Catherwood, Marly Youmans, Anne Carrière, 1998, 176p.

Posté par aBeiLLe_ à 18:16 - - Commentaires [3] - Permalien [#]