Les_carnets_de_Douglas

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4e couverture:

Le même jour, deux adolescents parviennent à fuir un destin qui les aurait emmurés. Ils se trouvent, deux ans plus tard, à Rivière-aux-Oies, un village beaucoup trop discret pour figurer sur une carte. Au cœur de la nature généreuse et sauvage, ils s’aiment, à l’abri des rugissements du vingtième siècle. Jusqu’à ce que la vie, comme d’habitude, fasse des siennes.

Fondu au blanc.

Les années passent, Rivière-aux-Oies se métamorphose avec, en arrière-plan, une révolution à peine tranquille et le saccage des bétonnières. Une famille singulière s’improvise, malgré les ragots et en dépit des blessures. Dans la maison du docteur, les liens se tissent avec tendresses. Un médecin au cœur rafistolé, une institutrice au nom imprononçable et une enfant surgie des bois vont peut-être permettre à Douglas d’entendre enfin la réponse du vent.

Une passion comme au cinéma, qui se déploie à l’ombre d’un arbre, d’une clarinette et de la beauté fragile du monde.

Je me retrouve sans voix devant ce magnifique premier roman de Christine Eddie. Il m’est très difficile de parler de mon ressentiment après la lecture de ce livre qui est venu me cherche au plus profond de mon âme. J’ai été happée par ce récit d’une belle histoire d’amour. Le style épuré et poétique de l’auteur m’ont énormément plu. Les chapitres courts se lisent d’une traite et nous envoûtent. Les thèmes abordés; l’amour, la musique et la nature ont tout pour me plaire. Un roman intense, doux et beau. Je ne peux que vous inciter à le lire!

10/10

Je vous laisse avec deux magnifiques passages du roman qui m'ont beaucoup émue.

« Eh bien oui, quelquefois l’amour sait être grandiose.

Pour Douglas, Éléna choisit le corps qui lui allait le mieux. Elle demanda à l’humidité de lui boucler encore plus les cheveux et au soleil de lui colorer les joues. L’eau de la rivière lui adoucissait la peau et la lumière égayait ses yeux. Elle enfila ses jambes du dimanche et se vêtit de ses plus beaux seins. Elle s’accrocha à la bonne humeur et son rire se mit à retentir en écho dans la forêt. Aimer Douglas la rendit plus heureuse.

Pour Éléna, Douglas déverrouilla son âme. Timidement d’abord, puis avec confiance, comme une fenêtre qui s’ouvre lentement sur la mer. Il vida devant elle ses vieux tiroirs, laissant s’envoler ses craintes, une à une, libérées du tourment où il les avait tenues enfermées. Il dépoussiéra sa solitude. Avec l’aide de Mozart, de Liszt, de Schumann et de Debussy, il lui fit cadeau d’une tendresse empreinte de grâce. Et, entre les pages jaunies de ses livres de poésie, il trouva les mots de l’amour. Aimer Éléna rendit Douglas plus humain. » p. 61

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« Il était comme ça, Douglas, quand il était l’amoureux d’Éléna. Il lui raccommodait l’âme avec des phrases inattendues, pleine de miel, et elle finissait par oublier une fois pour toutes sa vieille rancune de Saint-Lupien. Il avait cette façon bien à lui, gentille et empressée, de lui faire croire à tout ce en quoi elle voulait croire. Même la nuit, quand la forêt devenait intimidante et se couvrait de noir foncé.

-Tu es mon gouvernail. Reste avec moi, bouclette.

Mon gouvernail, ma boussole, mon paratonnerre. C’était tout lui, ça. N’avoir pas parlé durant vingt ans et connaître soudain un dictionnaire entier de mots d’amour. Enrubanner Éléna de formules remplies à ras bord. La soulever d’une phrase, l’installer au sommet du ravissement et ne rien faire pour qu’elle en redescende. La nommer comme on baptise une terre longuement convoitée, finalement conquise. C’était beaucoup plus fort que lui. Parce qu’elle avait le soleil qui lui éclaboussait la figure. Surtout la nuit. » p.67-68

Les carnets de Douglas, Christine Eddie, Alto, 2007, 198p.