fottorino4e couverture:

"Je ne sais rien de mes origines. Je suis né à Paris de mère inconnue et mon père photographiait les héroïnes. Peu avant sa mort, il me confia que je devais mon existence à un baiser de cinéma."

Cette histoire est celle de la quête de Gilles Hector pour retrouver sa mère à travers les écrans de cinéma, parmi les visages des actrices du temps passé. C'est aussi un hommage à son père disparu, et au cinéma en noir et blanc qu'il affectionnait tant. C'est aussi l'histoire d'amour impossible avec Mayliss (quel joli prénom) une femme mystérieuse et inaccessible. Je me suis laissée embarquer dans cette histoire teinté d'ombre et de lumière. C'est joliment écrit, des phrases simples, des mots justes sans en faire trop. J'ai aussi beaucoup apprécié la fin, jolie et pleine d'espoirs. Ce roman m'a donné envie de découvrir les classiques du cinéma français. Une lecture agréable.

8/10

Extraits:

"Je revois une de ces balades sur les quais, un matin très tôt en été. L'air frais entrait dans l'habitacle. Il l'avalait ;a grandes lampées pour mieux se lancer dans de longues phrases à l'issue incertaine. Mon père s'interdisait de raconter deux fois la même histoire. C'était pour lui une question de politesse: ne pas servir aux autres un récit déjà usé. Transformant la réalité selon ses hôtes de la banquette arrière, il fit ainsi du mensonge un art suprême, une manière de respirer, d'exister encore un peu, de se sauver." P.22

"Je crois que mon père avait l'œil. Il savait saisir une défaillance, une colère muette, la trace infime d'un incident de tournage sur un visage très pur. On aurait dit qu'il pressentait chez les comédiens leurs moments d'abandon, leur peur de ne pas être à la hauteur du film, du metteur en scène ou seulement de leur propre image." P.59

"Elle avait rangé ses crèmes, ses brosses et ses sourires de petite fille. Elle avait gommé près de sa bouche les marques de la mienne. Avec ses joues pâles, son corps indemne, un trait noir sur ses yeux et sa myopie sur le monde, elle pouvait affronter le retour dans sa propre vie, l'éternel retour des amoureuses qui confondent le plaisir avec la douleur." p.101

Baisers de cinéma, Éric Fottorino, Gallimard, 2007, 188p.