martin_pageobjectif_PAL4e couverture:

Antoine a beau être diplômé d’araméen, de biologie et de cinéma. Il n’en est pas plus heureux. Et, selon lui, ce sont précisément son intelligence et sa lucidité qui lui gâchent l’existence. Aussi, décide-t-il d’arrêter de penser. Il envisage d’abord de devenir alcoolique, mais, dès le premier verre, il sombre dans un coma éthylique. Il s’intéresse ensuite au suicide, mais la mort ne l’attire décidément pas. Reste l’acte ultime : la crétinisation.

Loin de tout moralisme, avec humour et détachement, Martin Page pointe les contradictions contre lesquelles nous nous battons tous, pour peu que nous tentions de réfléchir.

Dans la vie, j’adore rigoler et je suis un très bon public. Je ris tout le temps et pour n’importe quoi. J’aime l’humour intelligent ou pince-sans-rire tout autant que l’humour plus "gras" qui ne vole pas très haut. C’est pourquoi ce roman est tout à fait indiqué pour moi. J’ai vraiment rigolé tout au long de ma lecture! J’en conviens que ce n’est pas un genre qui plaît à tous, mais moi il m’a conquise. Comment je suis devenu stupide c’est de l’ironie, de la dérision, de l’humour pur. Un roman qui ne se prend pas au sérieux mais qui, en même temps, nous fait réfléchir. J’adore ça! J’ai vraiment passé un bon moment de lecture!

9/10

Quelques extraits savoureux :

" Antoine ne se sentait pas l’âme d’un voleur, il n’avait pas assez de légèreté pour ça, aussi il prélevait seulement ce dont il avait besoin : une noisette de shampoing pressée discrètement dans une petite boîte à bonbons. Il procédait de la même manière pour le dentifrice, le savon, la mousse à raser, les grains de raisin, les cerises; prélevant sa dîme, il picorait ainsi quotidiennement dans les grands magasins et les supermarchés. De même, n’ayant pas assez d’argent pour acheter tous les livres qu’il désirait, et ayant observé l’acuité des vigiles et la sensibilité des portiques de sécurité de la FNAC, il volait les livres page par page et les reconstituait ensuite à l’abri dans son appartement, comme un éditeur clandestin. Chaque page étant gagnée par un délit, elle acquérait une bien plus grande valeur symbolique qui si elle avait été collée et perdue parmi ses sœurs; détachée d’un livre, dérobée, puis patiemment reliée, elle devenait sacrée. La bibliothèque d’Antoine comptait ainsi une vingtaine de livres reconstitués dans sa précieuse édition particulière." p. 8

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" Quoi que nous disions, quoi que nous fassions, il y a toujours une morale qui broute dans le pré de notre personnalité." p.9

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" C’était un de ces matins à l’orée de l’automne où la lune réussit à survivre au jour. Le soleil n’apparaissait pas dans le ciel : il perçait délicatement dans toutes les individualités naturelles et urbaines, transpirait des pétales des fleurs, des immeubles anciens et des visages fatigués des passants. Dans l’holocauste fécond du temps qui passe fleurissent pour les yeux traumatisables les seuls véritables édens, ceux dont l’architecture est une sensation." p. 119

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Comment je suis devenu stupide, Martin Page, Le Dilettante, J’ai Lu, 2000, 124p.

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