eparpille4e couverture:

J'ai très facilement le vague à l'âme, particulièrement l'été. On passe tellement de jours à l'attendre qu'une fois qu'il est arrivé, on ressent le besoin d'être heureux à tout prix. Cette saison passe en coup de vent, comme un jour de fête. Et pourtant, chaque printemps, on s'illusionne et on échafaude de grands projets ; «Ah! Moi, cet été, je me louerai un chalet, orientation sud-ouest, tout en pin, avec une petite terrasse au deuxième étage. Je vais me trouver une vieille mobylette pour allez faire les courses. Je pense aussi m'acheter un chien. Un boston terrier à l'odorat surdéveloppé et aux yeux globuleux, une belle bête musculeuse et intrépide. Nous irons ensemble chercher des brioches au village, au son du moteur 2 temps. Un jour, je nous mettrai chacun un casque d'aviateur en cuir brun sur la tête et je nous prendrai en photo, ensuite je la ferai encadrer et la mettrait dans le vestibule du chalet pour que tous les nombreux amis que j'inviterai, en orchestrant bien sûr une savante rotation pour ne négliger personne, puissent le voir et s'extasier ; " Toi, t'es un spécial ! ".

J’aime beaucoup Benoit Roberge le chroniqueur et scénariste, il me fait beaucoup rire et j’ai eu beaucoup de plaisir, il y a quelques années, à visionner ses capsules web Le cas Roberge. Quand Babelio a proposé le premier roman l’auteur pour l’Opération Masse Critique québécois, je n’ai pas hésité et j’ai coché sans tarder la petite case. J’étais curieuse de lire ce qui pouvait bien se cacher dans la tête de ce spécimen rare et comment il réussirait à traduire tout ça sous forme de roman. Eh bien, Benoit Roberge a été à la hauteur de sa réputation! Éparpillé, le roman porte très bien son nom! Et à l’image de son auteur, l’histoire est un fouillis bien ordonné. Des passages jouissifs (j’ai noté des chapitres entiers - très courts il faut dire), du grand n’importe quoi parfois, mais dans la continuité tout de même. Et je crois bien que c’est l’effet recherché. On ne parle pas ici de grande littérature mais de plaisir de lecture, simplement. Le style très imagé, qui lui vient surement de son expérience de scénariste, m’a charmé. Les chapitres courts, les phrases toutes aussi courtes, les énumérations donnent un rythme intéressant au récit. C’est coquin, léger. Une belle lecture d’été.

8/10

Extrait :

« J’entre à la librairie Bonne Occasion dans l’espoir d’une illumination. L’endroit a des allures de caverne rassurante. Une grotte aux idées qui sent les feuilles mortes et le tabac vanillé. Une bonne librairie de livres usagés, comme dans les films français. Les allées sont sombres et exiguës. Comme des termitières improvisées, des monticules de livres poussent un peu partout. Malgré le tintement de la clochette, le commis n’a pas relevé la tête et garde le nez dans son journal. J’ai envie d’ouvrir tous les romans et d’y lire les premières phrases. Je suis curieux d’y découvrir l’incipit tant redouté. Celui-là même qui impose le rythme, qui donne le ton et envoûte le lecteur. Celui-là même qui manque à l’élaboration de mon grand projet littéraire. » p.162

Merci Babelio!

Éparpillé, Benoit Roberge, Éditions Les Malins, 2010, 195p.

Eparpillé par Benoît Roberge

Eparpillé

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