mercredi 01 juin

La Carte du Temps - Félix J. Palma

Palma Il avait fait rêver toute l’Angleterre, mais il était imperméable à son propre rêve.

4e couverture:

Londres, 1896. L'agence de voyages dans le temps Murray propose au public de découvrir «la quatrième dimension», précisément l'an 2000.

Auteur de La Machine à remonter le temps, l'écrivain réputé H. G. Wells doute de la réalité d'un tel voyage, lequel demeure à ses yeux un sujet de science-fiction. Mais tout le monde ne partage pas son avis : Andrew Harrington, jeune homme de bonne famille éperdument amoureux de Marie Kelly, la dernière prostituée assassinée par Jack l'Éventreur, voit là une façon d'empêcher ce crime odieux. La jeune Claire, quant à elle, se rêve un avenir passionné et échange une correspondance avec Derek, un homme du XXe siècle...

Que se passerait-il si l'on pouvait réellement changer le cours des événements ? Malgré lui, H. G. Wells est forcé d'envisager très concrètement la question. Accompagné des écrivains Bram Stocker et Henry James, il doit bientôt lutter contre la sombre machination d'un individu qui cherche à leur dérober le manuscrit des textes qui les rendront célèbres...

 

 

Enfinnnnn ! Si vous aviez entendu le soupir de soulagement que j’ai poussé quand j’ai tourné la dernière page de ce livre ! Je sais, je sais, vous allez me dire : bah, t’avais qu’à le lâcher ! Mais non, c’est que j’ai la tête dure et que je n’abandonne pas facilement (je crois que j’ai laissé tomber une seule lecture depuis 2007… et peut-être 4 ou 5 romans dans toute ma vie !) Et puis bon, je mourais d’envie de savoir où allait aboutir cette – ces – histoire, parce qu’on parle ici d’un roman en 3 parties, 3 histoires différentes reliées entre elles par « l’agence des voyages dans le temps Murray ».

J’ai pioché ce roman au hasard à la biblio, la quatrième de couverture m’a instantanément accrochée. Qui n’a jamais rêvé de pouvoir voyager dans le temps et rencontrer ces auteurs d’un autre siècle : prendre le thé avec Jane Austen, écouter Dickens raconter ses histoires au coin du feu, faire une promenade dans la lande anglaise avec les sœurs Brontë… Je croyais - à tort – que c’était le sujet du roman. Malheureusement, je n’y étais pas du tout !  En fait, ce n’est qu’un prétexte pour nous servir des histoires insipides, sans intérêt. Le sujet est tellement mal exploité, ça aurait pu être fort intéressant et original, mais là, ce n’est pas du tout ça !  Ça tourne en rond, ça ne va nulle part, ça part dans tous les sens… bref, j’aurais bien coupé au moins 150 pages à ce roman. De plus, je ne sais pas si c’est la faute à la traduction mais j’ai trouvé que c’était très mal écrit. Aucun style, aucune étincelle, c’est plate, plate, plate, lisse, lisse, lisse… et puis, au détour d’une page, un paragraphe magnifique, qui ne « fitte » pas du tout avec le reste du roman, comme perdu à travers les lignes sans saveur de cette trop longue histoire. C’est vraiment très déstabilisant, comme si l’auteur avait brodé une histoire autour de ces quelques jolis passages. Weird, vraiment ! Vous aurez compris que je ne vous recommande pas cette lecture! À moins que vous auriez du temps à perdre…

 

4/10

 

Extraits : (les quelques passages dont je parlais plus tôt…)

 

« Là, replié  sur lui-même comme un fœtus, il laissa s’écouler le reste de la nuit. Comme je l’avais prédit, au fur et à mesure qu’il sortait de son étourdissement, la douleur régressa. Sa désolation augmenta jusqu’à se traduire par un malaise physique. Son corps était soudain un lieu où il avait du mal à rester, comme s’il était devenu l’un de ces sarcophages à l’intérieur hérissé de pointes. Il voulut fuir de lui-même, se libérer de la matière dolente dont il était constitué, mais il se trouvait pris dans cette chair blessée. Atterré, il se demanda s’il allait devoir vivre désormais avec cette douleur. » p.69

 

 

« Merrick appartenait à ces lecteurs qui réussissaient à oublier avec une facilité terrible qu’une main agitait les fils des marionnettes dansantes de ces petits théâtres qu’étaient les romans. Dans son enfance, il avait lui aussi été ce genre de lecteur. Mais un jour, il avait décidé de prendre la place de l’écrivain et dès lors il lui était impossible de se plonger dans l’histoire avec cet abandon innocent : il avait compris que les actes et les impressions des personnages ne leur appartenaient pas. Toutes leurs actions et leurs pensées répondaient en réalité à la dictée d’un être supérieur, de quelqu’un qui, dans la solitude d’une chambre, manipulait les pions qu’il avait lui-même disposés sur l’échiquier, généralement avec une terrible animosité qui ne correspondait pas aux émotions qu’il prétendait susciter chez les lecteurs. Les romans n’étaient pas des tranches de vie, mais des machines plus ou moins bien réglées dont la fonction était  de reproduire des morceaux de vie, mais des vies irréelles, perfectionnées, où les temps morts et les actes infructueux et vains qui construisaient une existence avaient été substitués par des épisodes émouvants et significatifs. Parfois Wells regrettait cette façon de lire insouciante de son enfance mais, après ce regard en coulisse, il ne le pouvait plus qu’aux prix d’un gros effort de suggestion. Une fois que l’on écrit sa propre histoire, il n’y avait plus de retour en arrière possible. On était devenu un enjôleur, et on se montrait inévitablement méfiant envers les autres enjôleurs. » p.160-161

 

 

« Wells faisait partie des ces écrivains qui détestent écrire mais qui adorent avoir écrit. » p.427

 

 

« Devant cette pile de feuilles dactylographiées, Wells se demanda à nouveau s’il avait écrit ce qu’il était censé devoir écrire. Ce roman était-il l’une des œuvres qui devrait figurer dans sa bibliographie ou un accident fortuit ? Écrire un roman ou un autre dépendait-il de lui ou était-ce aussi le rôle du hasard qui dirigeait la vie de l’homme ? Cela faisait trop de questions, dont l’une le mortifiait particulièrement : existait-il dans un coin de sa tête un roman qui lui permettrait de donner tout ce qu’il portait véritablement en lui ? La possibilité de le découvrir trop tard le torturait : que sur son lit de mort, avant de pousser son dernier soupir, surgisse du fond de son esprit, comme une épave qui remonte à la surface de l’océan, le sujet d’un roman extraordinaire qu’il n’aurait plus le temps d’écrire. Un roman qui avait toujours été là, à l’attendre, à l’appeler sans succès au milieu du vacarme, et qui mourrait avec lui parce que personne d’autre ne pourrait l’écrire, parce que c’était comme un costume fait sur mesure. Il ne connaissait pas de plus grande peur, de plus grande malédiction. » p.428

 

 La Carte du Temps, Félix J. Palma, Éditions Robert Laffont, 2011, 546p.

.

hautdeforme1

Posté par aBeiLLe_ à 23:48 - - Commentaires [8] - Permalien [#]


jeudi 03 février

Marina - Carlos Ruiz Zafón

Marina "Nous ne nous souvenons que de ce qui n’est jamais arrivé…"

4e couverture:

Dans la Barcelone des années 1980, Óscar, quinze ans, a l'habitude de fuir le pensionnat où il est interne. Au cours de l'une de ses escapades, il fait la connaissance de Marina. Fascinée par l'énigme d'une tombe anonyme, Marina entraîne son jeune compagnon dans un cimetière oublié de tous. Qui est la femme venant s'y recueillir? Et que signifie le papillon noir qui surplombe la pierre tombale? S'égarant dans les entrailles d'une terrifiante cité souterraine, s'enfonçant dans les coulisses d'un inquiétant théâtre désaffecté, Óscar et Marina réveillent les protagonistes d'une tragédie vieille de plusieurs décennies.

L’an dernier, j’ai eu un immense coup de cœur pour L’Ombre du vent du même auteur. Un coup de cœur comme il en arrive rarement dans une vie de lectrice. Quand Blog-O-Book a proposé un partenariat avec les Éditions Robert Laffont, je m’y suis inscrite et j’espérais très fort être une de celles qui recevraient un exemplaire de Marina. Je ne vous dis pas mon bonheur quand j’ai su que j’avais été retenue !

Dès que j’ai reçu le roman, j’ai laissé tout en plan et je m’y suis plongée, pour en ressortir quelques heures plus tard avec une seule envie, lire un roman de Carlos Ruiz Zafón dans sa langue d’origine, en espagnol, même si je n’ai qu’une base en espagnol et que je ne comprends pas la moitié de cette langue ! J’aimerais vraiment découvrir la poésie de cet auteur dans sa version originale. Qu’est ce que ça doit être beau !! Parce que franchement, la traduction française de ses romans, c’est du bonbon !

L’histoire maintenant, j’ai aimé mais sans ressentir d’aussi fortes émotions que lors de ma découverte de L’Ombre du vent. J’ai été un peu déstabilisé par le côté fantastique et cauchemardesque du récit, à la fin surtout qui un peu est tirée par les cheveux.

On rencontre dans Marina des personnages attachants et fascinants. Le mystère entourant Marina et son père Germán, leur histoire tragique m’a beaucoup émue. J’ai aimé suivre la quête d’Óscar et de Marina à travers les rues de la vieille ville de Barcelone (Je rêve de visiter Barcelone maintenant !). L’ambiance du roman est sombre et glauque, on ressent réellement l’atmosphère brumeuse de la ville et de la vieille maison gothique de Germán et Marina qui devient le refuge d’Óscar. Cette ambiance est selon moi le point fort du roman et c’est ce qui me plait dans les romans de Zafón.

En bout de ligne, un roman étrange mais une lecture très plaisante.

8.5/10

Une phrase qui m’a marquée :

« Peindre, c’est écrire avec la lumière. » p.70

.

Merci à Blog_o_Book et aux RobertLaffont pour la découverte.

.

Marina, Carlos Ruiz Zafón, Éd.Robert Laffont, 2011, 303p.

.

.

bee_argent3

Posté par aBeiLLe_ à 00:03 - - Commentaires [20] - Permalien [#]