dimanche 01 novembre

L'Écume des jours - Boris Vian

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L’Écume des jours : ce titre léger et lumineux annonce une histoire d’amour drôle ou grinçante, tendre ou grave, fascinante et inoubliable, composée par un écrivain de vingt-six ans.

C’est un conte de l’époque du jazz et de la science-fiction, à la fois comique et poignant, heureux et tragique, merveilleux et fantastique, féérique et déchirant. Dans cette œuvre d’une modernité insolente, l’une des plus célèbres du XXe siècle et livre-culte depuis plus de trente ans, Duke Ellington croise le dessin animé, Sartre devient une marionnette burlesque, la mort prend la forme d’un nénuphar, le cauchemar va jusqu’au bout du désespoir.

Mais seules deux choses demeurent éternelles et triomphantes : le bonheur ineffable de l’amour absolu et la musique des Noirs américains…

Perplexe, c’est le sentiment que me laisse la lecture de ce « livre-culte », il me laisse perplexe, voilà. C’est peut-être un manque de références culturelles, mais je n’ai pas tout compris, ni les jeux de mots, ni les images, les métaphores ou je ne sais quoi que l’auteur tente de représenter dans son œuvre. Autant j’avais embarqué dans l’univers de Vian avec L’arrache-cœur, autant celui-ci m’a déplu. Je n’ai pas du tout adhérée à cette histoire-ci. Dommage…

4/10

blogoclub

C’est ma première lecture pour le Blogoclub et certainement pas la dernière, j’ai beaucoup aimé l’expérience de lecture collective! Pour tous les liens vers d’autres œuvres de Vian, rendez-vous chez Sylire et Lisa!

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L’Écume des jours, Boris Vian, Pauvert, Le Livre de Poche, 1998, 315p.

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lundi 19 octobre

Comment je suis devenu stupide - Martin Page

martin_pageobjectif_PAL4e couverture:

Antoine a beau être diplômé d’araméen, de biologie et de cinéma. Il n’en est pas plus heureux. Et, selon lui, ce sont précisément son intelligence et sa lucidité qui lui gâchent l’existence. Aussi, décide-t-il d’arrêter de penser. Il envisage d’abord de devenir alcoolique, mais, dès le premier verre, il sombre dans un coma éthylique. Il s’intéresse ensuite au suicide, mais la mort ne l’attire décidément pas. Reste l’acte ultime : la crétinisation.

Loin de tout moralisme, avec humour et détachement, Martin Page pointe les contradictions contre lesquelles nous nous battons tous, pour peu que nous tentions de réfléchir.

Dans la vie, j’adore rigoler et je suis un très bon public. Je ris tout le temps et pour n’importe quoi. J’aime l’humour intelligent ou pince-sans-rire tout autant que l’humour plus "gras" qui ne vole pas très haut. C’est pourquoi ce roman est tout à fait indiqué pour moi. J’ai vraiment rigolé tout au long de ma lecture! J’en conviens que ce n’est pas un genre qui plaît à tous, mais moi il m’a conquise. Comment je suis devenu stupide c’est de l’ironie, de la dérision, de l’humour pur. Un roman qui ne se prend pas au sérieux mais qui, en même temps, nous fait réfléchir. J’adore ça! J’ai vraiment passé un bon moment de lecture!

9/10

Quelques extraits savoureux :

" Antoine ne se sentait pas l’âme d’un voleur, il n’avait pas assez de légèreté pour ça, aussi il prélevait seulement ce dont il avait besoin : une noisette de shampoing pressée discrètement dans une petite boîte à bonbons. Il procédait de la même manière pour le dentifrice, le savon, la mousse à raser, les grains de raisin, les cerises; prélevant sa dîme, il picorait ainsi quotidiennement dans les grands magasins et les supermarchés. De même, n’ayant pas assez d’argent pour acheter tous les livres qu’il désirait, et ayant observé l’acuité des vigiles et la sensibilité des portiques de sécurité de la FNAC, il volait les livres page par page et les reconstituait ensuite à l’abri dans son appartement, comme un éditeur clandestin. Chaque page étant gagnée par un délit, elle acquérait une bien plus grande valeur symbolique qui si elle avait été collée et perdue parmi ses sœurs; détachée d’un livre, dérobée, puis patiemment reliée, elle devenait sacrée. La bibliothèque d’Antoine comptait ainsi une vingtaine de livres reconstitués dans sa précieuse édition particulière." p. 8

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" Quoi que nous disions, quoi que nous fassions, il y a toujours une morale qui broute dans le pré de notre personnalité." p.9

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" C’était un de ces matins à l’orée de l’automne où la lune réussit à survivre au jour. Le soleil n’apparaissait pas dans le ciel : il perçait délicatement dans toutes les individualités naturelles et urbaines, transpirait des pétales des fleurs, des immeubles anciens et des visages fatigués des passants. Dans l’holocauste fécond du temps qui passe fleurissent pour les yeux traumatisables les seuls véritables édens, ceux dont l’architecture est une sensation." p. 119

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Comment je suis devenu stupide, Martin Page, Le Dilettante, J’ai Lu, 2000, 124p.

sourire

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lundi 05 octobre

Un minuscule inventaire - Jean-Philippe Blondel

blondel          "Et puis la vie va."objectif_PAL

4e couverture:

Une paire de boucles d'oreilles, un hamac, un cendrier... le bric-à-brac habituel des vide-greniers. Pour ceux qui achètent, c'est l'occasion d'une trouvaille ou d'un cadeau. Pour ceux qui vendent, comme Antoine, c'est parfois un déchirement inattendu.

A 42 ans, alors que sa femme vient de le quitter, il profite d'une brocante pour faire un grand ménage dans sa maison et dans sa vie. Mais voir disparaître un à un ces objets apparement anodins, c'est aussi dérouler le fil de son existence, avec ses découvertes, ses joies et ses malheurs. Pour Antoine, le moment est alors venu de faire enfin la paix avec ses souvenirs et de se donner les moyens d'un nouveau départ...

Ce n'est pas facile (ou tentant) de devoir prendre quelques minutes devant un écran d'ordinateur quand on passe des vacances extraordinaires dans un pays aussi sublime que la Grèce... Mais je me sacrifie avec plaisir pour cette lecture commune, un engagement est un engagement! :o)

Un looooooooooooooong vol de plus de 9h (de nuit!) m'a amplement permis de lire les 272 pages d'Un minuscule inventaire. Dès le moment ou j'ai ouvert la couverture de ce roman, j'ai été incapable de le reposer avant d'en avoir lu le dernier mot! J'ai été totalement impregnée par cette histoire.

C'est mon 3e Blondel, les deux premiers m'avaient laissée plutôt perplexe mais celui-ci m'a laissée en admiration devant le talent de cet auteur. J'ai aime la construction du roman, les objets qui rappellent des souvenirs de toute une vie... Mais, par dessus tout, j'ai adoré l'écriture tendre et mordante de Jean-Philippe Blondel. J'ai aimé sa douceur et son humour. A lire!!!

9/10

Extraits:

" Bien sur, en touchant les étoffes, en effleurant les métaux et en caressant les papiers, au moment de la mise en carton, il y a eu des odeurs et de brêves sensations, mais je ne pensais pas que le départ des objet sonnerait l'ouverture de mes vannes - et tous ces détails qui me sautent aux yeux comme une poudre de réalité. Au moment ou Anne me congédie et ou mes enfants font de moi une statue de cire, je me découvre une vie colorée et violente. Sous la poussière, je bouge encore." p. 99-100

" Pourtant, il faut bien se rendre a l'évidence - mes objets - refusent de m'adresser la parole. Ils restent là, muets et vaguement dédaigneux, ils haussent les soucils, détournent leurs anses, se recoquevillent sous leurs pochettes. Ils se renfrognent.

Ce n'est qu'au moment du départ qu'ils se réveillent. Lorsque de nouvelles mains viennent à les toucher et qu'ils connaissent de nouvelles extases, alors soudain, ils se tournent vers moi avec des yeux affolés, coincés entre plaisir et frayeur, ils veulent tout à coup communiquer, murmurer, hurler, faire entendre leur voix. Ils me racontent notre histoire ensemble, ils disent, voilà, c'est fini, ne me retiens pas, je garde avec moi ces quelques instants et toutes ces années enfouies, j'aurais pu donner encore beaucoup si tu ne m'avaient pas enfermé dans ce carton." p. 100-101

" Il y a des gens qui ont traversé ma vie comme des comètes, et je vis encore dans leur lumière." p. 128

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Un minuscule inventaire, Jean-Philippe Blondel, Robert Laffont, Pocket, 2005, 272p.

Lu dans le cadre d'une lecture commune avec Karine, Bladelor et Yohan.

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PS: Je suis vraiment desolee pour l'orthographe mais les claviers Grecs n'ont pas les accents... Je vais y remedier a mon retour au Canada! Merci! :o)

(Corrections effectuées... Je suis désolée si j'en ai oublié...)

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jeudi 10 septembre

Comme un roman - Daniel Pennac

pennacobjectif_PAL "Le temps de lire, comme le temps d'aimer, dilate le temps de vivre."

4e couverture:

LES DROITS IMPRESCRIPTIBLES DU LECTEUR

1. Le droit de ne pas lire.

2. Le droit de sauter des pages.

3. Le droit de ne pas finir un livre.

4. Le droit de relire.

5. Le droit de lire n'importe quoi.

6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible)

7. Le droit de lire n'importe où.

8. Le droit de grappiller.

9. Le droit de lire à voix haute.

10. Le droit de nous taire.

Comme un roman n'est pas un roman mais un essai écrit, comme son titre le dit si bien, comme un roman. C'est un manifeste pour l'amour de la lecture, un plaidoyer sur le retour au plaisir initial de la lecture. Une invitation à réfléchir à la manière pédagogique d'aborder la littérature pour enfin en finir avec la mauvaise conscience du lecteur.

Pennac nous raconte des anecdotes sur son expérience de lecteur, de père et de professeur. Il nous raconte la façon dont il s'y est pris pour intéresser ses élèves aux livres en leur lisant le début des romans sans poser de questions en échange, juste pour le plaisir.

En tant que lectrice passionnée, cet essai m'a fortement interpellée. C'est plaisant à lire et très intéressant. Pennac a une écriture fluide et agréable. Plusieurs phrases m'ont fait sourire et hocher la tête, parce que oui, ce qu'il dit ce n'est pas fou! Mon exemplaire est parsemé de petits post-it jaunes pour autant de passages qui m'ont interpellées. Je remercie Monsieur Pennac pour ces "Droits imprescriptibles du lecteur"! :o)

À mettre entre les mains de tous les amoureux des livres!

8/10

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Extraits:

"Relire, ce n'est pas se répéter, c'est donner une preuve toujours nouvelle d'un amour infatigable." p. 64

"Une lecture bien menée sauve de tout, y compris de soi-même." p. 91

"On était fermé, face au livre clos. On nage à présent, déployé dans ses pages." p. 131

"Le vrai plaisir du roman tient en la découverte de cette intimité paradoxale: L'auteur et moi… La solitude de cette écriture réclamant la résurrection du texte par ma propre voix muette et solitaire." p. 132

"La lecture ne relève pas de l'organisation du temps social, elle est, comme l'amour, une manière d'être."

p. 137

"On ne force pas une curiosité, on l'éveille." p. 141

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Comme un roman, Daniel Pennac, Gallimard, Folio, 1992, 197p.

abc_abeille

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mercredi 19 août

Accès direct à la plage - Jean-Philippe Blondel

BLONDEL_Acces_direct_a_la_plage4e couverture:

Ce roman prend racine aux quatre coins des côtes françaises. De Capbreton dans les Landes, en 1972, à Arromanches – Calvados – en 2002, en passant par Hyères et Perros-Guirec. Rien ne relierait ses personnages s'ils n'avaient le goût des locations à la mer. Ils se sont croisés dans l'épice particulière des soirs d'été. Les couples, les familles, les célibataires qui nous ont précédés. Ceux d'avant.

Ainsi, le lecteur, avec Jean-Philippe Blondel, éprouve-t-il lui aussi le sentiment d'être à la suite de quelqu'un. Il reste une empreinte qui s'attarde. Ici, il y a eu des envies, et puis des bonheurs étrangers, tellement visibles qu'ils ressemblent aux nôtres.

J'ai beaucoup aimé ce petit roman qui laisse la voix à chacun des personnages qui nous raconte leurs aventures estivales sur quatre plages différentes, en quatre époques différentes. Les personnages, qui n'ont en apparence rien en commun, finissent par se retrouver au détour du destin. J'ai apprécié la construction du roman, la façon dont les histoires s'imbriquent à la manière d'un puzzle. Accès direct à la plage est un roman tout en demi-teintes simplement humain qui nous montre, sans jugement, la vie, les gens, leurs histoires. À découvrir!

8/10

Pour d'autres avis, visitez Blog-O-Book.

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Accès direct à la plage, Jean-Philippe Blondel, Delphine Montalant, Pocket, 2003, 119p.

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summer_bee

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jeudi 06 août

Tous les matins du monde - Pascal Quignard

quignard4e couverture:

" Il poussa la porte qui donnait sur la balustrade et le jardin de derrière et il vit soudain l’ombre de sa femme morte qui se tenait à ses côtés. Ils marchèrent sur la pelouse.

Il se prit de nouveau à pleurer doucement. Ils allèrent jusqu’à la barque. L’ombre de Madame de Sainte Colombe monta dans la barque blanche tandis qu’il retenait le bord et la maintenait près de la rive. Elle avait retroussé sa robe pour poser le pied sur le plancher humide de la barque. Il se redressa. Les larmes glissaient sur ses joues. Il murmura :

- Je ne sais comment dire : Douze ans ont passé mais les draps de notre lit ne sont pas encore froids. "

Tout d’abord, ce qui m’a attiré vers ce roman c’est le thème; la musique. Et aussi que l’histoire se déroule entre 1665 et 1690, qui est à mon avis une époque très intéressante. Tous les matins du monde est un très très court roman, ça se lit en moins d'une heure. Malheureusement, je n'ai pas vraiment embarquée dans l'histoire de cette famille de musiciens. J'aime les grandes oeuvres romanesques du 17e siècle, mais ici je n'ai pas trouvé mon compte. Peut-être justement à cause que c'est trop court. J'aurais aimé des personnages plus étoffés, des paysages grandioses, ça manquait cruellement d'ambiance tout ça! Un autre point négatif de ce roman c’est la mise en page des Éditions Gallimard, une police de caractère IMMENSE et des marges d’une largeur excessive, il ne doit y avoir que 50 mots par page! Je déteste quand pour faire plus épais donc forcément plus cher et plus rentable, on néglige l’environnement, les arbres, la nature…

4/10

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Tous les matins du monde, Pascal Quignard, Gallimard, 1991, 134p.

moineau

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mardi 04 août

La première gorgée de bière - Philippe Delerm

couverture_delerm4e couverture:

"C'est facile, d'écosser les petits pois. Une pression du pouce sur la fente de la gousse et elle s'ouvre, docile, offerte. Quelques-unes, moins mûres, sont plus réticentes - une incision de l'ongle de l'index permet alors de déchirer le vert, et de sentir la mouillure et la chair dense, juste sous la peau faussement parcheminée. Après, on fait glisser les boules d'un seul doigt. La dernière est si minuscule. Parfois, on a envie de la croquer. ce n'est pas bon, un peu amer, mais frais comme la cuisine de onze heures, cuisine de l'eau froide, des légumes épluchés - tout près, contre l'évier, quelques carottes nues brillent sur un torchon, finissent de sécher.

Alors on parle à petits coups, et là aussi la musique des mots semble venir de l'intérieur, paisible, familière. De temps en temps, on relève la tête pour regarder l'autre, à la fin d'une phrase; mais l'autre doit garder la tête penchée - c'est dans le code. On parle de travail, de projets, de fatigue - pas de psychologie. L'écossage des petits pois n'est pas conçu pour expliquer, mais pour suivre le cours, à léger contretemps. Il y en aurait pour cinq minutes, mais c'est bien de prolonger, d'alentir le matin, gousse à gousse, manches retroussées. On passe les mains dans les boules écossées qui remplissent le saladier. C'est doux; toutes ces rondeurs contiguës font comme une eau vert tendre, et l'on s'étonne de ne pas avoir les mains mouillées. Un long silence de bien-être clair, et puis:

- Il y aura juste le pain à aller chercher."

La première gorgée de bière n’est pas un roman mais un recueil de petits textes, de petits plaisirs minuscules de la vie de tous les jours. Chacune des 34 petites joies quotidiennes n’est pas plus longue que deux ou trois pages, mais elles sont à mon avis assez inégales. Certaines m’ont beaucoup plu d’autres m’ont laissée totalement indifférente. Mes préférées; Le croissant du trottoir, On pourrait presque manger dehors, Aller aux mûres, Invité par surprise, Lire sur la plage, Les boules en verre, Le journal du petit déjeuner. Une lecture douce entre deux pavés, mais pas inoubliable.

6/10

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La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, Philippe Delerm, Gallimard, 1997, 91p.

bee_happy

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jeudi 30 juillet

La noce d'Anna - Nathacha Appanah

anna4e couverture:

" Aujourd’hui je marie ma fille, je laisserai de côté mes pensées de vieille folle, je serai comme elle aime que je sois : digne, bien coiffée, bien maquillée, souriante, prête à des conversations que je suivrai avec un enthousiasme feint et qui ne me laisseront aucun souvenir, parée pour butiner d’invité en invitées, mère parfaite que je serai aujourd’hui. "

Pendant la noce d’Anna, sa mère se souvient. De la jeune femme qu’elle a été, si différente de sa fille, de ses dix-huit ans, de sa liaison, brève et passionnée, avec Matthew rencontré à Londres, de son retour à Paris, seule et enceinte. Au fin de cette journée les souvenirs ressurgissent accompagnés de regrets, d’espoirs, d’envies; Parce qu’elle en a encore, des envies, cette femme célibataire qui marie sa fille…

Sur un soupir, je referme tout juste la dernière page de ce joli roman. Quelle belle histoire! Cette femme, Sonia, qui n’a toujours vécu que pour sa fille unique, qui a essayé, tant bien que mal de l’aimer, de la protéger. Et sa fille, Anna, qui la quittera définitivement après cette dernière soirée, pour vivre la vie qu’elle a choisie avec l’homme qu’elle aime. Cette relation mère-fille pas toujours évidente, écrite avec des mots infiniment bien choisis. J’ai été charmée par l’écriture toute en finesse de Nathacha Appanah. La douceur qui émane du roman, cette délicatesse, c’est très touchant. Remarquable!

9.5/10

Extraits : (J’en ai choisi beaucoup…)

" Une mère est une sainte, tout le monde le sait. Elle donne des conseils avisés, dit les bonnes choses au bon moment, est pleine de douceur et d’amour, cuisine de bons petits plats dont, plus tard, elle donnera les recettes dans un cahier jauni à spirale et avec sa jolie écriture (forcément, une mère ça écrit bien, propre, déliés, attachés, courbés, liés, les mots comme des gestes d’une infinie tendresse), elle intitulera les recettes, donnera les ingrédients exactes, des tuyaux pour ne pas rater telle sauce, les petits trucs qui feront que ce serait une recette tenue d’une mère. " p. 13

" Tous les dimanches, je traîne le long de la Saône chez les bouquinistes qui me connaissent bien maintenant, ils me vouvoient toujours mais m’appelle par mon prénom, j’aime bien ça entendre mon prénom et un vous qui s’y colle. J’ai l’impression d’être respectée et pourtant d’être assez séduisante pour encore avoir un prénom qu’on promène sur la langue. " p. 18

" J’aurais souhaité être sage le jour du mariage de ma fille, par là, je veux dire ne plus avoir peur du lendemain, regarder mon passé et sourire, attendre l’avenir sans angoisse, avoir accompli ce dont j’avais envie, ne pas être envieuse de qui que ce soit, de quelque situation que ce soit, avoir un homme séduisant à mes bras, assez d’assurance pour pouvoir rire aux éclats et faire rire les autres, j’aurais voulu avoir assez de recul sur ma propre vie pour encourager ma fille, mais non, je ne suis pas tout cela, je n’ai pas tout cela. " p. 22

" Avec l’âge, je deviens superstitieuse. Je m’accroche, je me rassure des hasards, je me fabrique des gris-gris avec les heures qui passent, des porte-bonheur avec les matins bleus et je me dis que l’orage viendra laver les regrets. " p. 60

" Parce que, me connaissant trop bien, je sais que je serai constamment dans l’attente des jours creux. De l’instant où tout bascule, où l’amour fuit de soi comme une barrique trouée. De ce jour où je passerai devant mon homme et que je ne penserais pas à lui caresser les cheveux, à lui toucher le bras, à l’effleurer, non pas parce qu’il me dégoûterait mais parce que je ne ferais plus attention, à force de sa présence quotidienne à côté de la mienne. Je serais dans l’expectative de cette exaspération, vague, floue dont je ne pourrais identifier l’origine. J’aurais des sentiments mélangés, sans saveur comme une soupe trop cuite et cela ne me ferait plus connaître le manque de lui, la joie de le revoir et alors, je garderais les yeux ouverts quand il viendrait en moi parce que je n’aurais plus la surprise de son sexe, plus ce sentiment délicieux d’impatience quand les deux corps se cherchent et se frôlent. Les sentiments tièdes, voilà ce dont j’ai peur, et je suis persuadée qu’à force de les attendre, de les surveiller, je finirais par les provoquer et nous deviendrions, alors, des frères incestueux. " p. 143

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Un immense merci à Celsmoon pour cette belle découverte!

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La noce d’Anna, Nathacha Appanah, Gallimard, Folio, 2005, 178p.

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dimanche 26 juillet

Bouquiner - Annie François

annie_fran_ois4e couverture:

À ceux qui demandent « Dis-moi ce que tu lis…? », l’auteur répond par « Comment je lis ». Couchée? Assise? Au bureau, à la maison, à l’hôtel, au restaurant, dans le métro, à l’hôpital? Pourquoi ci? Pourquoi ça? Avec ou sans marque-page? Sur les conseils d’un ami, d’un critique, d’un libraire? Des gros volumes, des opuscules? Comment classer, empiler, ranger, ne pas ranger, déranger ses livres? Déménager à cause des livres? Quel plaisir prend-on au velouté ou la finesse du papier, à la souplesse ou à la rigidité des reliures, au bruit des pages qu’on feuillette, à leur odeur? Quel rapport avec la mémoire ou l’oubli, la culture et l’inculture?

Au fil d’une cinquantaine de chapitres drôles ou émouvants se dessinent une sorte d’autobiobibliographie, de portrait d’un couple, d’une tribu amicale, d’une confrérie de lecteur dont on aime à se sentir proche.

Bouquiner n’est pas un roman mais bien une autobiobibliographie de l’auteur Annie François. Un condensé d’anecdotes de sa vie de liseuse, d’amoureuse des livres. On se reconnaît dans ce portrait de lectrice, dans cette relation avec l’objet tant chéri. Cette lecture est indispensable à toutes LCA! J’ai souligné tout plein d’extraits qui correspondent particulièrement à ma façon de voir les livres et la littérature en général, je vous en laisse quelques unes.

8.5/10

Extraits :

« Mais jeter des livres, c’est aussi déchirant que de brûler des lettres d’amour ou un cahier d’école de sa grand-mère. » p.28

« Tant qu’un lecteur n’a pas reposé son livre de plein gré, c’est un individu potentiellement dangereux. » p.74

« En matière de livres, il y a mille approches, mille accroches : un auteur, un pays, une rencontre, un genre, des circonstances, un format, une humeur, une saison, une maison, etc. Tant de chose. Tout est un prétexte. Rien n’est indifférent. » p.91

« Pourtant, que d’angoisse avec un gros livre. Je dévore le premier tiers. Puis je ralentis à l’approche du mitan du volume, ce V confortable et intime. Après tout bascule. Même si je n’en suis qu’à la moitié, il n’y a plus que l’autre moitié. Je dégringole vers le mot fin. J’essaie de faire durer. » p.150

« La lecture avait fait de moi une gamine qui préférait la solitude à la collectivité, le livre aux jeux et aux balades, aujourd’hui au cinéma ou à la télé (mais rarement à une soirée entre amis). Ça complique la vie en société. » p.166

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Bouquiner, Annie François, Seuil, Points, 2000, 198p.

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abc_abeille

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mercredi 22 juillet

Zulu - Caryl Férey

Zulu4e couverture:

Enfant, Ali Neuman a fui le bantoustan du KwaZulu pour échapper aux milices de l'Inkatha, en guerre contre l'ANC, alors clandestine. Même sa mère, seule rescapée de la famille, ne sait pas ce qu'elles lui ont fait… Aujourd'hui chef de la police criminelle de Cape Town, vitrine de l'Afrique du Sud, Neuman doit composer avec deux fléaux majeurs: la violence et le sida, dont le pays, première démocratie d'Afrique, bat tous les records.

Les choses s'enveniment lorsqu'on retrouve la fille d'un ancien champion du monde de rugby cruellement assassinée dans le jardin botanique de Kirstenbosch. Une drogue à la composition inconnue semble être la cause du massacre. Neuman qui, suite à l'agression de sa mère, enquête en parallèle dans les townships, envoie son bras droit, Brian Epkeen, et le jeune Fletcher sur la piste du tueur, sans savoir où ils mettent les pieds… Si l'apartheid a disparu de la scène politique, de vieux ennemis agissent toujours dans l'ombre de la réconciliation nationale…

Ce que je connais de l'Afrique se résume aux émissions pub-télé de Vision-Mondiale. C'est sur que, comme tout le monde, j'ai entendu parler de l'apartheid mais sans jamais vraiment savoir de quoi il en retournait. La lecture de ce roman de Caryl Férey m'a ouvert les yeux sur ce pays de misère, de maladie et de violence. Jamais lu un roman policier si bien écrit. Mais, je vais vous avouer bien franchement, je suis totalement incapable de parler de cette histoire tellement elle m'a retournée. C'est une véritable claque au visage, une prise de conscience énorme vis-à-vis ce pays corrompu jusqu'à la moelle où l'horreur et la mort sont le pain quotidien… Lisez-le!

9.5/10

Extraits:

"Les oiseaux tiraient des diagonales impossibles entre les angles de la falaise; ils piquaient vers l'océan, s'inventaient des suicides, revenaient, à tire-d'aile…" p.15

"À force de ruminer sa féminité sur les champs masculins, sa part muselée avait resurgi, volcanique: violences vaines, amours et désillusions telluriques, Zina avait jeté son cœur du haut d'un pont il y a longtemps et attendait qu'une petite fille vienne le ramasser – elle, toujours." p. 274

Zulu a obtenu plusieurs prix amplement mérités, entre autre: Le Grand Prix de littérature policière 2008 et Le Grand Prix des lectrice de Elle 2009 catégorie policier.

Les avis d'Amanda Meyre, de Catherine et de Tiphanya.

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Zulu, Caryl Férey, Gallimard, 2008, 392p.

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