mardi 23 juin

L'arrache-coeur - Boris Vian

vian4e couverture:

Voilà un coin de campagne où l'on a de drôles de façons… La foire aux vieux, par exemple. Curieuse institution! On sait bien aussi que tous les enfants peuvent voler comme des oiseaux dès qu'ils étendent leurs bras – mais est-ce une raison suffisante pour les enfermer derrière des murs de plus en plus hauts, de plus en plus clos? Le psychiatre Jacquemort se le demande – puis ne se le demande plus, car il a trop à faire avec la honte des autres, qui s'écoule dans un bien sale ruisseau.

Mais nous, qui restons sur la rive, nous voyons que Boris Vian décrit simplement notre monde. En prenant chacun de nos mots habituels au pied de la lettre, il nous révèle le monstrueux pays qui nous entoure, celui de nos désirs les plus implacables, où chaque amour cache une haine, où les hommes rêvent de navires, et les femmes de murailles.

En ouvrant ce roman, j'ai pénétré dans un univers totalement délirant! Je ne connaissais pas du tout cet auteur avant mon voyage à Paris l'an dernier où je me suis procuré ce roman et aussi L'écume des jours. Il traînait dans ma PAL depuis bientôt 1 an et je crois que c'est le meilleur moment pour le découvrir puisque aujourd'hui on commémore le 50e anniversaire de la mort de ce grand écrivain. Soie nous a proposé de publier un petit billet sur une de ses oeuvres.

L'histoire de L'arrache-cœur est drôlement absurde. Et j'adore l'humour absurde! L'écriture de Vian est très poétique, je ne m'attendais pas du tout à ça et j'ai été agréablement surprise! Il signe ici un roman satirique et humoristique, une critique de la société complètement loufoque. Un roman drôle et inventif. Qu'elle découverte!

9.5/10

Extrait:

"On ne reste pas parce qu'on aime certaines personnes ; on s'en va parce qu'on en déteste d'autres. Il n'y a que le moche qui vous fasse agir. On est lâches." p.120

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Boris Vian 1920-1959

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Boris Vian est né le 10 mars 1920 à Ville-d'Avray dans les Hauts-de-Seine. Il était un écrivain français, ingénieur de l'École centrale, inventeur, poète, parolier, chanteur, critique, musicien de jazz (trompettiste), conférencier, scénariste et traducteur (anglo-américain). Il a également publié sous les pseudonymes de Vernon Sullivan, de Bison Ravi, de Baron Visi ou de Brisavion (anagrammes de son nom). Il a écrit onze romans, quatre recueils de poèmes, plusieurs pièces de théâtre, des nouvelles, de nombreuses chroniques musicales, des scénarios de films, des centaines de chansons. Il est décédé à Paris le 23 juin 1959, terrassé par une crise cardiaque alors qu’il assistait à l’avant-première de J’irais cracher sur vos tombes, film adapté de l’un de ses plus fameux romans. Il n’avait que 39 ans.

L'arrache-coeur, Boris Vian, Pauvert, Le livre de Poche, 1979, 221p.

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dimanche 21 juin

La grammaire est une chanson douce - Erik Orsenna

orsenna

les mots ne sont pas seulement beaux. Ils disent la vérité.

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Présentation de l'éditeur:

La grammaire est une chanson douce est une fantaisie joyeuse. Jeanne, la narratrice, pourrait être la petite sœur d'Alice, l'héroïne de Lewis Caroll, précipitée dans un monde où les repères familiers sont bouleversés.

Avec son frère aîné Thomas, elle voyage beaucoup : leurs parents sont séparés et vivent chacun d'un côté de l'Atlantique. Un jour, leur bateau fait naufrage et, seuls rescapés, et privés de leurs mots, ils échouent miraculeusement sur une île inconnue. Accueillis par Monsieur Henri, un musicien poète et charmeur, ils découvriront un territoire magique où les mots mènent leur vie : ils se déguisent, se maquillent, se marient.

C'est une promenade dans la ville des mots, pleine d'humour et de poésie, où les règles s'énoncent avec légèreté. Les tribus de verbes et d'adjectifs, les horloges du présent et du passé s'apprivoisent peu à peu, au rythme des chansons douces de Monsieur Henri.

Le roman d'Orsenna est un conte enchanteur et fantaisiste se rapprochant du Petit Prince ou des Fables de La Fontaine. Comme eux, il est rempli d'images évocatrices et d'une douce fantaisie. C'est un hommage vibrant aux mots et à la beauté de la langue française. Une jolie histoire à la fois instructive et ludique. Erik Orsenna nous fait voyager au pays des mots et réussit le pari de nous faire apprécier la grammaire. Je crois que jamais je n'ai autant souligné de passages dans un livre, c'est que chaque phrase est une petite douceur pour nous, amants des mots! Un petit bijou!

9/10

Extraits:

"l'imparfait, c'est du temps qui prend son temps…" p. 15

"Je n'avais jamais prêté assez attention aux mots. Pas une seconde, je n'aurais imaginé qu'ils avaient chacun, comme nous, leur caractère." p. 77

"Je savais maintenant, et pour toujours, que les mots étaient des êtres vivants rassemblés en tribus, qu'ils méritaient notre respect, qu'ils menaient, si on les laissait libres, une existence aussi riche que la nôtre, avec autant de besoin d'amour, autant de violence cachée et plus de fantaisie joyeuse." p. 93-94

"- Fais confiance au papier, Jeanne. Les mots aiment le papier, comme nous le sable de la plage ou les draps du lit. Sitôt qu'ils touchent une page, ils s'apaisent, ils ronronnent, ils deviennent doux comme des agneaux, essaie, tu va voir, il n'y a pas de plus beau spectacle qu'une suite de mots sur une feuille." p. 122

La grammaire est une chanson douce, Erik Orsenna, Stock, Le Livre de Poche, 2001, 150p.

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mercredi 17 juin

La douceur des hommes - Simonetta Greggio

greggio       L'âge n'est qu'une facette de l'être.

4e couverture:

"Toute ma vie, j'ai aimé, bu, mangé, fumé, ri, dormi, lu.  De l'avoir si bien fait, on m'a blâmée de l'avoir trop fait.  Je me suis bagarrée avec les hommes pendant plus de soixante ans.  Je les ai aimés, épousés, maudits, délaissés.  Je les ai adorés et détestés, mais jamais je n'ai pu m'en passer...  La chaleur des hommes, qui m'a si bien enveloppée, ne fait que me rendre plus odieux ce grand froid qui avance.  Il n'y a pas de bras assez puissants pour m'en préserver, dans la nuit qui vient."

                                                                                          

La douceur des hommes est un roman très nostalgique des amours du temps passé. Amours raconté par Fosca, vieille dame rendue à la fin de sa vie, à Constance, jeune femme qu'elle a rencontré, par hasard, à Venise quelques années plus tôt. Simonetta Greggio a mit beaucoup de sensualité dans son écriture, mais je m'attendais à mieux… La langue est plutôt agréable et ça se lit bien. Mais j'avais l'impression de lire une suite d'énumération de rencontres avec les hommes qui ont marqué la vie de Fosca. Et à mon avis, ce personnage manque un peu d'humanité, je l'ai trouvé très artificielle. J'ai beaucoup aimé les 10 premières pages du roman. Dans ces quelques pages, j'ai souligné plein de jolies phrases, mais la suite se gâte et m'a un peu ennuyée. Au final, plutôt banal…

6/10

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Extraits:

"Ce ne sont que les premières larmes qui coûtent, les autres ne font qu'apprivoiser le chagrin." p. 12

"Ma vertu, c'est les hommes. Mon rythme, c'est eux. Leur douceur. Il faut juste leur en laisser la possibilité, tu sais, le droit de l'être. C'est si dur de devenir un homme: c'est pour ça qu'il leur faut cacher cette douceur. Un homme doux transporte avec lui l'enfant qu'il a été et le vieillard qu'il sera, sa violence et la fierté de savoir y renoncer. Il est plus doux qu'un père et une mère, plus doux qu'une gorgée d'eau pour qui meurt de soif. Une homme doux, c'est toute la douceur du monde, c'est la salive su un genou écorché, et la dernière rose en décembre, et la truffe de ton chien qui te fouille le visage à ton premier chagrin." p. 21-22

"Pendant mon rêve j'ai découvert où vont les vagues quand elles meurent sur la grève et la flamme d'une bougie quand on la souffle. Où vont les vieilles chansons dont on a oublié le refrain. Les baskets dépareillées et toutes les chaussettes qu'on perd dans la machine à laver. Où vont les amours impossibles et aussi les amours vécues et finies. Les baisers non donnés. Les caresses et les regards incompris. Les dents de lait des enfants. Les mots doux écrits au petit matin. La trahison d'un ami. Et plein d'autres choses inexplicables, les mails partis et jamais reçus. Les pensées qu'on est tout près d'attraper et qu'on n'attrape pas. Ces images juste avant de s'endormir. Ces boucles d'oreilles que ma mère m'avait données. D'où est sortie cette voiture qui a tué sur le coup le seul chat que j'aie jamais aimé dans ma vie, Mitzi la douce. Je ne vais pas continuer la liste, bien trop longue: toutes ces choses vont dans la tanière de l'ogre, un ogre qui ne fait pas peur, mais qui le devrait pourtant. C'est chez lui la brèche, la fissure du monde, c'est lui l'éboueur, ce personnage grotesque qui régule l'univers, le patron con du chaos." p. 142-143

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La douceur des hommes, Simonetta Greggio, Stock, Le Livre de Poche, 2005, 153p.

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lundi 15 juin

Les Demeurées - Jeanne Benameur

Benameur  Le silence entre elles deux tisse et détruit le monde.

4e couverture:

La mère, La Varienne, c'est l'idiote du village. La petite, c'est Luce. Quelque chose en elle s'est arrêté. Pourtant, à deux, elles forment un bloc d'amour. Invincible. L'école menace cette fusion. L'institutrice, Mademoiselle Solange, veut arracher l'enfant à l'ignorance, car le savoir est obligatoire. Mais peut-on franchir indemne le seuil de ce monde?

L'art de l'épure, quintessence d'émotion, tel est le secret des Demeurées. Jeanne Benameur, en dentellière, pose les mots avec une infinie pudeur et ceux-ci viennent se nouer dans la gorge.

Jeanne Benameur est une véritable virtuose des mots. L'écriture de ce roman est toute en délicatesse et poésie. Les mots utilisés sont sensibles, magnifiques, poétiques, délicats. Une histoire d'une infinie tendresse sur la relation fusionnelle entre une mère simple d'esprit et sa fille bien aimée qui voit avec frayeur le monde extérieur entrer dans leur vie par le biais de l'école et de sa maîtresse Mademoiselle Solange qui, elle, se sent interpellée par cette petite fille "sauvage". Une lecture qui m'a profondément émue.

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9/10

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Elles ont aussi beaucoup aimé ce roman:  Aifelle, Gio, Leiloona, Stephie.

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Les Demeurées, Jeanne Benameur, Denoël, Folio, 2000, 80p.

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lundi 04 mai

Passage du gué - Jean-Philippe Blondel

Passage_du_gu_4e couverture:

Myriam et Thomas. Pour Fred, les revoir aujourd'hui, c'est une joie violente qui prend à la gorge, bouscule et donne une force inattendue.

Il y a vingt ans, Fred a choisi de traverser, à leurs côtés, une épreuve qui n'était pas sienne. Pour leur éviter la noyade, il s'est tenu là, attentif, disponible, sans rien attendre. Avec tendresse et fermeté, il a tenu leurs têtes hors de l'eau. Une fois la tempête éloignée, il s'est effacé. Myriam, Thomas et Fred. S'ils ont survécu, c'est que le pari le plus insensé peut être tenu. C'est que la vie peut tout donner après avoir tout retiré.

Je trouve extremement ardu de donner mon impression sur ce livre. Je ne sais pas trop si j'ai aimé ou détesté cette lecture. Je me suis sentie mal à l'aise dans plusieurs passages, j'avais la drôle impression d'être une voyeuse. Je me suis sentie le personnage de trop dans ce roman à trois voix. Je me sentais peut-être un peu trop impliquée, ayant vécu un événement semblable dans mon entourage. Mais par contre, je ne mets pas en cause le talent indéniable de l'auteur. J'ai beaucoup aimé la manière qu'il a mené son récit. Mais le sujet, pas pour moi...

6.5/10

Passage du gué, Jean-Philippe Blondel, Robert Laffont, Pocket, 2006, 306p.

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mercredi 22 avril

Sous les vents de Neptune - Fred Vargas

vargasLe commissaire Adamsberg de la brigade du 13e district de la police de Paris et son équipe sont invités par la police de Gatineau au Québec pour une formation scientifique sur le traitement des empruntes génétiques. Une semaine avant leur départ, un meurtre ravive les souvenirs du passé. Le Trident serait de retour d'entre les morts…

J'ai choisi de lire ce roman après le tordant billet de Karine:). J'avais ri à en pleurer en lisant son commentaire. Je trouve toujours très spécial la façon qu'on les "français" de traduire, ou d'interpréter nos bonnes vieilles expressions québécoise. Et là avec ce roman je suis ravie! Des expressions tout droit sorti du Classique Le Temps d'une paix! Je ne crois pas que l'auteur ait une connaissance approfondie du Québec d'aujourd'hui. Le choix des expressions et aussi des noms de ses personnages québécois ne sont vraiment pas au goût du jour. À croire que Vargas n'a pas mit les pieds au Québec depuis 1924! C'est vrai que nous avons cette façon unique et colorée de parler, mais dans ce roman les expressions et tournures sont très mal utilisées. C'est plutôt rare d'utiliser 4-5 expressions dans une même phrase, soit on a 85 ans et plus et on habite en campagne profonde ou soit on niaise!

J'ai relevée quelques incongruités dans le roman, dont un pied de neige en octobre!!! On a pas vu ça depuis au moins 1973! Et surtout de la neige en octobre ET des feuilles rouges dans les arbres... impossible! C'est soit un ou soit l'autre.

Ensuite, je n'ai jamais vu un officier de police tutoyer un collègue et encore moins quelqu'un qu'il ne connaît pas et surtout il ne l'appellera pas "man" en lui donnant des trucs pour accoster des filles en ville!!! « C’est surtout que t’aimes prendre du lousse. Moi, je vais jamais agousser les filles dans le centre-ville. On me repère trop là-bas. Alors quand j’ai des impatiences, je vais sur Ottawa. Allez, man, fais de ton best! » p.142 - Et je sais de quoi je parle...

Un autre truc qui m'a tapé sur les nerfs, les maudits écureuils, à croire qu'on a une infestation d'écureuils au Québec. Oui c'est vrai qu'il y en a, mais de là à ce que le personnage en croise à toutes les deux pages, il y a des limites! Si j'en vois 8 dans un été c'est bon. Lui en 3 jours il en a vu quoi 12! Une vraie plaie ces écureuils... ;o)

Et pour terminer le fameux double "tu" oui c'est vrai, on utilise souvent cette drôle de tournure, mais c'est dans des moments spécifiques, et surtout pas avec la négation! « Ça te gênes-tu pas que je m’assoie? » p. 135 - Ça ne fonctionne pas. Enlève le "pas" et là ça va. On l'utilise aussi dans la forme nterrogative mais pas comme ça « Tu vas-tu faire quoi, ce soir? P. 142 -  Quand on utilise le double "tu" dans 'interrogative la réponse doit impérativement être "oui ou non". Exemple "Tu veux-tu aller au cinéma ce soir?" C'est aussi simple que ça!

Voici quelques perles qui m'ont beaucoup amusées:

« Alors tais ton bec et tente pas de leur faire accroire. » p.167 -  Le fameux "tais ton bec" qui est en passe de devenir un classique de par chez nous. Je n'avais jamais mais au grand JAMAIS entendu cette expression. Elle est très comique et fais un effet du tonnerre quand elle est bien placée dans une conversation animée! :o)

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« T’es dure de comprenure, ma belle. Ton chum, c’était une face à deux taillants, un hypocrite. Allume tes lumières, Noëlla. » p. 146 - J'avoue celle-là ça nous ressemble beaucoup, mais je remplacerais la "face à deux taillant" par "visage à deux faces" et ce serait parfait!

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La dernière et non la moindre:

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« Chacun de vous s’amanchera avec l’un des membres de la Brigade de Paris, et on changera les paires tous les deux ou trois jours. Allez-y de tout cœur mais menez-les pas tambour battant pour vous faire péter les bretelles, ils ne sont pas infirmes des deux bras. Ils sont en périodes d’entraînement, ils s’initient. Alors formez-les au pas de grise pour commencer. Et faites pas de l’esprit de bottine s’ils ne vous comprennent pas ou s’ils parlent autrement que nous. Ils sont pas plus branleux que vous autres sous prétexte qu’ils sont français. Je compte sur vous. » p. 133 - Celle-là c'est la meilleure! Je la ris encore! Je suis incapable de la lire sans éclater de rire! Comme disait Karine:) Trop, c'est comme pas assez! :o)

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Au final, ce n'est pas un mauvais roman, l'intrigue est même très intéressante mais quand on rit davantage en lisant un polar qu'en écoutant un spectacle d'humour, il y a un problème à quelque part... non!?

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6.5/10

Sous les vents de Neptune, Fred Vargas, Viviane Hamy, 2004, 441p.

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samedi 21 mars

Baisers de cinéma - Éric Fottorino

fottorino4e couverture:

"Je ne sais rien de mes origines. Je suis né à Paris de mère inconnue et mon père photographiait les héroïnes. Peu avant sa mort, il me confia que je devais mon existence à un baiser de cinéma."

Cette histoire est celle de la quête de Gilles Hector pour retrouver sa mère à travers les écrans de cinéma, parmi les visages des actrices du temps passé. C'est aussi un hommage à son père disparu, et au cinéma en noir et blanc qu'il affectionnait tant. C'est aussi l'histoire d'amour impossible avec Mayliss (quel joli prénom) une femme mystérieuse et inaccessible. Je me suis laissée embarquer dans cette histoire teinté d'ombre et de lumière. C'est joliment écrit, des phrases simples, des mots justes sans en faire trop. J'ai aussi beaucoup apprécié la fin, jolie et pleine d'espoirs. Ce roman m'a donné envie de découvrir les classiques du cinéma français. Une lecture agréable.

8/10

Extraits:

"Je revois une de ces balades sur les quais, un matin très tôt en été. L'air frais entrait dans l'habitacle. Il l'avalait ;a grandes lampées pour mieux se lancer dans de longues phrases à l'issue incertaine. Mon père s'interdisait de raconter deux fois la même histoire. C'était pour lui une question de politesse: ne pas servir aux autres un récit déjà usé. Transformant la réalité selon ses hôtes de la banquette arrière, il fit ainsi du mensonge un art suprême, une manière de respirer, d'exister encore un peu, de se sauver." P.22

"Je crois que mon père avait l'œil. Il savait saisir une défaillance, une colère muette, la trace infime d'un incident de tournage sur un visage très pur. On aurait dit qu'il pressentait chez les comédiens leurs moments d'abandon, leur peur de ne pas être à la hauteur du film, du metteur en scène ou seulement de leur propre image." P.59

"Elle avait rangé ses crèmes, ses brosses et ses sourires de petite fille. Elle avait gommé près de sa bouche les marques de la mienne. Avec ses joues pâles, son corps indemne, un trait noir sur ses yeux et sa myopie sur le monde, elle pouvait affronter le retour dans sa propre vie, l'éternel retour des amoureuses qui confondent le plaisir avec la douleur." p.101

Baisers de cinéma, Éric Fottorino, Gallimard, 2007, 188p.

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mardi 17 mars

100 romans de première urgence pour (presque) tout soigner - Stéphanie Janicot

Janicot

Tous les problèmes auxquels on est confronté dans l’existence (enfance difficile, amour malheureux, handicap, pauvreté, maladie, etc.) ont été explorés par les romanciers du monde entier. A chaque symptôme correspond donc un roman qui permet de le traiter. Stéphanie Janicot propose au lecteur pour chaque problème rencontré son antidote sous forme de roman, soit que le héros ou l’héroïne qu’elle nous présente ait traversé la même épreuve, soit que l’analyse de ses déboires nous permette de trouver la solution pour s’en sortir. Les mots pour dire les maux… Tout en se cultivant et en se divertissant, en sortant de soi, on s’ouvre aux autres. Sans prétention, en recensant romanciers du XIXe comme du XXIe, en faisant appel à l’humour et à la légèreté pour contrecarrer l’image négative de soi que chacun porte enfermé sur sa douleur secrète, c’est un hommage à la littérature, à la connaissance et à la possibilité qu’a chaque individu de transformer son destin. (fnac.com)

Je me suis ruée sur ce bouquin dès qu’il a été disponible à ma bibliothèque. En bonne LCA, la guérison par les livres, j’y crois! Mais j’ai vécu une grosse déception en lisant le livre de Stéphanie Janicot. C’est écrit sur un ton très (trop) léger, tout passe bien au début avec les thèmes abordés tel que « Je suis moche », « J’aime un homme plus jeune que moi » ou « Mon collègue me marche sur les pieds » mais quand vient le temps de parler de sujets tel que « J’ai été violée » ou « Je voudrais mourir » je trouve que l’humour n’a tout bonnement pas sa place. Un autre point déplorable à mon avis, les résumés des œuvres sont très sommaires et ne donne pas une vision juste de la force des œuvres cités.

Et le pire du pire de ce bouquin, les trop nombreuses ERREURS que contient ce roman supposément écrit en « hommage » aux livres cités. L’auteur écrit à un moment dans le roman qu’elle a lu en entier les 100 livres recensés sauf un qu’elle n’a pu finir. Alors là je me dis qu’elle aurait peut-être dû demander quelques révisions ou au moins relire certaines œuvres car elle en a massacré quelques unes, à commencer par le personnage notre chère Jane Austen; elle ose prénommer Mr. « Fitzwilliam » Darcy : Marc !!! Comme le Marc Darcy du Journal de Bridget Jones d’Helen Fielding ! Holly *%&?%/&$ ! Sacrilège ! Autre coquille dans ce livre; Lolita de Nabokov a bien été écrit par Vladimir Nabokov et non par Ivan (son neveu…). Ewh !? Une autre bourde, moins dérangeante celle-là se situe lorsque Janicot parle du roman Le Grand Cahier d’Agota Kristof elle indique que les deux protagonistes du roman ont été « envoyés à la campagne chez une tante éloignée » il ne s’agit pas d’une tante éloignée mais bien de leur grand-mère… Déception. Je passe.

4/10

100 romans de première urgence pour (presque) tout soigner, Stéphanie Janicot, Albin Michel, 2008, 226p.

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dimanche 01 mars

80 étés - Jeanne Herry

Jeanne_herry

À l’occasion de la mort de Paul, son grand-père bien-aimé, Jeanne se remémore des souvenirs de son enfance. Elle dresse le portrait de sa famille et par le fait même elle réfléchit à sa propre vie.  À 24 ans, Jeanne effectue une première mise au point du chemin parcouru, tout en rendant hommage à ce que sa famille lui a légué de souvenirs et d’amour.

Dans ce livre autobiographique, Jeanne Herry évoque des moments personnels et intimes sur sa vie et sa famille  mais par contre tout est dit de façon très pudique, on devine la retenue de l’auteure. Bien sûr, étant la fille de… c’est plutôt difficile de tout avouer sans barrières ni retenue. Mais, malgré tout, le roman est écrit sans prétention, avec beaucoup d’amour. L’amour d’une enfant pour ses aïeuls. C’est beau.

7/10

Extraits :

« J’aime rouler dans la campagne. Et j’aime bien marcher dans la campagne. Juste pour marcher, pour que la boue colle à mes semelles, pour être fatiguée en rentrant. Il m’est pénible de rester enfermée toute une journée. Il m’est physiquement pénible de ne pas sortir du tout, de ne pas être, ne serait-ce qu’un instant, cet élément mobile, pesant pas à pas et de tout son poids sur le matelas qui recouvre l’écorce terrestre. Une silhouette minuscule, comme un sursaut sur la ligne d’horizon. » p.23

« Je rougis. Je rougis pour prévenir que j’abandonne. Je préviens que j’ai décidé de ne plus être tranquille, de respirer un peu mieux, de laisser l’air circuler où il l’entend. Je tiens à dire que mon air en profite bien. Je donne à voir qu’un souffle de vie me parcourt facilement. Un souffle chaud. Vous voyez, du thorax il parvient sans peine à mes joues. Et vient les allumer, et vous alarmer. Sans fard, la jeune femme en face de vous ressent des choses, rougit beaucoup. Elle rêve de passer un linge frais sur ses pommettes. Elle cale son visage dans la paume de ses mains. » p.36

Jeanne Herry, 80 étés, Gallimard, 2005, 113p.

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vendredi 27 février

Une gourmandise - Muriel Barbery

barbery

4e couverture:

C’est le plus grand critique culinaire du monde, le Pape de la gastronomie, le Messie des agapes somptueuses. Demain, il va mourir. Il le sait et il n’en a cure : aux portes de la mort, il est en quête d’une saveur qui lui trotte dans le cœur, une saveur d’enfance ou d’adolescence, un met originel et merveilleux dont il pressent qu’il vaut bien plus que tous ses festins de gourmet accompli.

Alors il se souvient. Silencieusement, parfois frénétiquement, il vogue au gré des méandres de sa mémoire gustative, il plonge dans le cocottes de son enfance, il en arpente les plages et les potagers, entre campagne et parfums, odeurs et saveurs, fragrances, fumets, gibiers, viandes, poissons et premiers alcools… Il se souvient – et il ne trouve pas. Pas encore.

Le premier bouquin de Muriel Barbery est un magnifique petit bijou de sensualité, un condensé de saveurs toutes plus alléchantes les unes que les autres. La structure du roman est très intéressante. La narration des chapitres alterne entre le mourant qui, de sa chambre, évoque ses souvenirs culinaires dans le but de découvrir un goût, ce goût tant recherché, et les êtres qu’il a côtoyé tout au long de sa vie. Tous ont un mot, pas toujours gentil, pour cet homme indifférent à sa famille et aux gens qui l’entoure, et qui en a rendu plus d’un malheureux. L’écriture de Barbery est sublime. La description qu’elle fait d’un simple aliment comme la tomate donne une furieuse envie de croquer cette chair juteuse et délicieuse. Une évocation frisant l’érotisme. Un vrai régal.

9/10

Extraits :

« La tomate crue, dévorée dans le jardin sitôt récoltée, c’est la corne d’abondance des sensations simples, une cascade qui essaime dans la bouche et en réunit tous les plaisirs. La résistance de la peau tendue, juste un peu, juste assez, le fondant des tissus, de cette liqueur pépineuse qui s’écoule au coin des lèvres et qu’on essuie sans crainte d’en tacher ses doigts, cette petite boule charnue qui déverse en nous des torrents de nature : voilà la tomate, voilà l’aventure. » p. 52-53

« Mais je sais aujourd’hui qu’il n’y a de « terroir » que par la mythologie qu’est notre enfance, et que si nous inventons ce monde de traditions enracinées dans la terre et l’identité d’une contrée, c’est parce que nous voulons solidifier, objectiver ces années magiques et à jamais révolues qui ont précédé l’horreur de devenir adulte. Seule la volonté forcenée qu’un monde disparu perdure malgré le temps qui passe peut expliquer cette croyance en l’existence d’un « terroir ». p.60

« Aérienne, oui ; le sorbet est aérien, presque immatériel, il mousse juste un peu au contact de notre chaleur puis, vaincu, pressé, liquéfié, s’évapore dans la gorge et ne laisse à la langue que la réminiscence charmante du fruit et de l’eau qui ont coulé par là. » p.125

Une gourmandise, Muriel Barbery, Gallimard, 2000, 141p.

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