mercredi 06 mai

La route des petits matins - Gilles Jobidon

jobidon4e couverture:

La route des petits matins s’inspire du parcours initiatique d’un réfugié de culture sino-vietnamienne après la chute de Saigon. Entre autres personnages, on y trouve maître Wou, un maître de thé dont les enseignements sont illustrés de proverbes et de dictons qui puisent à une sagesse immémoriale très inspirante pour notre époque agitée.

Tout au long du récit, le narrateur conserve pour le héros et sa culture une pudeur chargée de tendresse amoureuse. Le texte, empreint d’émotion et de poésie, utilise des tournures qui s’apparentent à la structure fleurie des langues asiatiques et donnent aux phrases une musicalité envoûtante.

Écrite comme une longue lettre d’amour, La route des petits matins salue le courage, la solidarité, la détermination et la faculté d’adaptation des réfugiés, d’abord pour fuir leur pays, puis pour s’intégrer à une culture et à un climat diamétralement opposés à ce qu’il ont auparavant connu.

Ce court roman poétique est un long hymne d’amour et de respect de l’auteur-narrateur pour ce jeune exilé sino-vietnamien qui a tout quitté dans l’espoir d’une vie meilleure. Jobidon nous raconte en toute pudeur cette fuite vers Fleedom (freedom), la liberté, l’Eldorado. La longue et difficile préparation à ce dangereux périple, un parcours semé d’embûches, qui ne sera pas de tout repos. Jobidon a construit son récit comme un long poème dont on déguste chaque ligne, une œuvre lyrique dans un style tout en retenue. Un seul petit point négatif, l’utilisation de la 2e personne du singulier, j’ai eu un peu de difficulté à m’y faire au début, mais la poésie a fait son œuvre et j’ai été conquise! Une mention spéciale à la couverture de ce roman tellement à-propos, le héron prenant son envol, magnifique!

Un roman dont on aurait envie de souligner tous les passages!

9.5/10

Extraits:

« Dans la salle de bal déchue, assis sur un coussin de chintz, avide, tu dégustes ce que le maître te sert : la calligraphie chinoise que vous appelez l’écriture, l’anglais, le mandarin, délaissé depuis l’école. Un thé neuf pour chaque dimanche. Tu en pratiques les langueurs fruitées, les arômes subtils de bois, de fleurs, d’amandes. En toi, le temps s’infuse dans le chant du thé : cette prière, cette révolte de l’eau qui transmet aux feuilles éclatées la mémoire de leur vie dans le ciel flou, les pieds au plus profond de la terre.

Le maître dose ses paroles comme ses silences. Il sait répondre lorsqu’il le faut, se taire quand les questions méritent la réponse dont la vie seule connaît la réponse. […] Entre deux lampées d’ambre clair, tu bois ses paroles, goûtes ses silences de cristal. » p. 34

« Un nuage, tout rond, abrille la lune pâle qui traîne au lit, boulevard du ciel. » p. 89

« Un soleil enrhumé. Dans la brume qui s’efface, les mouches à feu font leur ballet d’étoiles. À l’ourlet de leurs jupes vertes, les arbres sacrés tracent la ligne du vent. Le jour grimpe. Les grillons, les grenouilles, les oiseaux, les singes fous choralent l’air du matin dans un long crescendo de lumière. Le soleil plane, effleure à peine la face mauve de l’eau qui s’exhale en fumerolles anémique. Gavées de moustiques, les buses rousses se mirent en plein vol au miroir calme de l’eau que parcourent de légers frissons. » p. 92

La route des petits matins, Gilles Jobidon, vlb éditeur, 2003, 137p.

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Katell m'a donné envie de lire ce roman. Merci!

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abc_abeille

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vendredi 17 avril

Petit guide pour orgueilleuse (légèrement) repentante - Annie L'Italien

annie_litalien4e couverture:

Aux yeux d'Anne, trentenaire installée dans un célibat douillet depuis déjà plusieurs années, ses copines sont le centre de l'univers – si on fait abstraction de son nombril, évidemment! Toutefois, malgré une vie bien chargée, prise en sandwich entre les séances de magasinage intensives et les nombreux 5 à 7, Anne attend que l'Homme se présente enfin. Pour l'aider à mettre le grappin sur le futur élu de son cœur, ses amies lui préparent une chasse au trésor délirante qui l'obligera à sortir de sa zone de confort pour rencontrer plusieurs spécimens du sexe opposé. Mais attention: qui va à la chasse peut perdre la face…

Il est un peu temps de vous parler de mes lectures de voyage… Ce qui me permettra de revenir un peu sur terre!!! Durant ma première journée sur la plage, j'ai lu ce court premier roman d'une auteur québécoise. Et je suis tombée sur la parfaite histoire à lire sur la plage. Surtout que la majeure partie de la chasse au trésor que doit faire l'héroïne se déroule sous les palmiers d'un Club Med. Je me sentais en terrain connu. Ce n'est pas le roman du siècle, mais je me suis bien amusée à suivre les étapes de cette aventure. C'est un roman plutôt rigolo et plein de romantisme. Une histoire aussi rafraîchissante qu'un Pina Colada sous le soleil!

7/10

Petit guide pour orgueilleuse (légèrement) repentante, Annie L'Italien, Québec Amérique (Québec-Loisirs), 2008, 182p.

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dimanche 22 mars

Asphalte et vodka - Michel Vézina

michel_v_zina4e couverture:

Quand Jean propose à Carl de le ramener dans son village natal de St. Louis d'Gaspé Peninsula, peut-il se douter de l'ampleur de l'aventure qui s'annonce?

De Tampa Bay en Floride à Matapédia au Québec, en passant par les bayous de la Louisiane, les bas-fonds de New-York et le Chinatown de Montréal, ce n'est pas tout à fait vers cette improbable terre d'origine que voyagent les deux trompettiste, dans le vieux station déglingué de Carl White, mais vers un destin mouvant qui leur donne l'impression d'un jardin d'une grandeur telle qu'ils n'en connaissent pas encore les limites. Il y a la route bien sûr, la musique, l'alcool, la dope… et la route encore, l'asphalte et la vodka, et la téquila… et encore la route, toujours la musique, et puis une robe, rose saumon, une robe avec laquelle Carl danse tous les soirs depuis près de quarante ans et qui aurait appartenu à la légendaire Jayne Mansfield. Mais ça c'est lui qui le dit. Et il en dit des choses, Carl. Et Jean écoute, entend cette langue de l'exil qui se raconte, qui invente et qui rêve, cette langue qui ne ressemble à aucune autre langue, si ce n'est à celle du cœur et de la dépossession.

Les voisins du sud diraient sans doute d'Asphalte et vodka qu'il s'agit d'un road Novel, et pourquoi auraient-ils toujours tort, les voisins du sud? D'autres parleront probablement d'un "roman du pays", au sens le plus vaste, le plus noble du terme. Une chose demeure, ce roman constitue, jusque dans ses excès, peut-être surtout dans ses excès, à la fois un remarquable éloge de l'incontournable territorialité qui habite chacun de nous et une somptueuse fête de langage.

Quelle 4e de couverture présomptueuse! Je ne suis aucunement d'accord avec ce qui est dit ici. Je n'ai pas du tout aimé ce roman. Les raisons qui m'ont poussées à terminer la lecture de ce livre est qu'il fait parti de mon Challenge ABC et qu'il est plutôt court. Je l'avais choisi pour mon Challenge parce que j'aime encourager les romanciers québécois, mais celui-là n'est pas du tout pour moi. Tout au long du récit les protagonistes se droguent et boivent de l'alcool, c'est à-peu-près tout ce qu'il font, et je rappelle que c'est un road novel. Ils sont gelés raide et saoul mort au volant, et il n'y a pas de problème. Là moi je n'accroche pas, tout ça me frustrait énormément. En égard de ma personnalité et de mon métier ce n'est pas le genre de choses que je tolère. Et le langage utilisé m'a fait dressé le poils des bras. Je n'ai pas compris la moitié des dialogues, et je suis pourtant québécoise pure laine. À oublier.

2/10 (pour l'effort)

Extrait:

"Je me souviens juste dret comme hier quand qu'chu parti d'che nous. J'ta juste quinze… Pôpa v'na dret de m'annoncer que there was no land for me… Y falla que j'alla à ville tcheuk part pis que j'me trouve some work… J'ta l'plus jeune pis le weakest d'la famille. Pis c'éta moé qui v'na saoul l'faster itou! Toué swèrs après qu'les fréres pis l'pére sonta rentrés du bois, du champ ou bin d'la barn, y'ava faim pis y'ava soèf some goddam de time! Mes sœurs fournissa pas à les faire manger pis à les faire boire. Moi, j'ava pas leu force. Depuis l'âge de onze ans, j'parta hec eux aut eul matin, mais apra l'dîner, j'ta dispensed. J'pouva pas suire anymore… J't'a pu capab… J'ta pas assez fort…" p.71

Avez-vous compris quelque chose!? Et c'est comme ça une bonne partie du roman et parfois pire… Il paraîtrait que ce c'est l'accent gaspésien, ou quelque chose dans le genre. Peut-être dans une autre vie!

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Asphalte et vodka, Michel Vézina, Québec Amérique, 2005, 158p.

abc_abeille

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mercredi 18 mars

Le violoncelliste sourd - Francis Malka

malka4e couverture:

Un jeune violoncelliste ambitieux se brouille avec son maître. Un projecteur se détache du plafond lors d’un concert et le blesse à la tête. Une surdité soudaine met fin à une carrière prometteuse.

Fin? Pas tout à fait. Car, contre toute attente, l’ouïe du violoncelliste se rétablit. Suivant les conseils de Léon Honneger, son impresario, le jeune musicien concevra la plus grande imposture qu’ait vue le monde musical à ce jour : il cachera son rétablissement au monde entier et feindra la surdité afin de relancer sa carrière. Le succès est instantané. Du jour au lendemain, il devient un prodige, un phénomène qui fait courir les foules d’un bout à l’autre de l’Europe. Comment un sourd peut-il manier le violoncelle avec tant de doigté? Et surtout, comment peut-il jouer aussi juste?

Mais le secret est d’autant plus lourd à porter qu’il est grand. Si le violoncelliste parvient à berner tout le monde, des médias jusqu’à Clara Higgins, son accompagnatrice, il ne fait pas le poids face à ceux dont le métier consiste à démasquer les imposteurs.

C’est ainsi que, sous la menace constante que son mensonge soit révélé au grand jour, il doit maintenant obéir malgré lui aux ordres des services secrets israéliens.

J’aime beaucoup le violoncelle, c’est la raison pour laquelle j’ai été attirée par ce livre de Francis Malka dont c’est le deuxième roman, mais le premier que je lis. Une très bonne idée de l’auteur d’inscrire à la toute fin du roman un index des œuvres par chapitre nous incitant à écouter la musique que le violoncelliste interprète au cours de l’histoire. Dans le roman, il y a plusieurs beaux passages sur la musique, ce sont les moments que j’ai le plus apprécié. Là où il y a faiblesse à mon avis, c’est quand l’auteur évoque le conflit israélo-palestinien, c’est long et compliqué, et j’avoue que ça ne m’intéresse pas du tout. Alors un bon roman, mais pas inoubliable.

6.5/10

Le violoncelliste sourd, Francis Malka, Hurtubise HMH, 2008, 195p.

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mardi 25 novembre

C'est pas moi, je le jure! - Bruno Hébert

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À l'été 1968, Léon a 10 ans. C’est un petit garçon émotionnellement fragile. Son univers bascule lorsque ses parents se séparent pendant les vacances scolaires et que sa mère quitte pour la Grèce. Les disputes et le divorce de ses parents crée un vide affectif qui fait basculer l’enfant dans un monde parallèle, un monde imaginaire qui l'attire en lui proposant des aventures dangereuses. Son comportement se transforme du jour au lendemain. Une voix en lui le pousse à faire des bêtises. Il trouve dans la délinquance un moyen d’exprimer sa souffrance. La seule à pénétrer dans son monde intérieur est la jeune Clarence qui partage ses chimères et ses folles équipées.

Ce roman plonge le lecteur dans l'univers d'un petit garçon malheureux dont l'entourage ne s'aperçoit pas de la détresse profonde. Lui-même ne s'apitoie pas sur son sort et s'occupe l'esprit à longueur de journée, et même de nuit…

Extraits:

"La peur, c'est comme une boîte de Prismacolor, il y en a de toutes les couleurs: la peur bleue, la peur du noir, on peut aussi devenir blanc comme un drap ou rouge de colère et il y a le péril jaune, mais pas dans nos régions. De toutes ces peurs, il y en avait une dont je ne connaissais pas la couleur mais qui me travaillait les méninges sans arrêt. C'était cet amour pour Clarence qui ne cessait de grandir en moi, et j'avais peur, peur de finir étouffé, de m'effondrer sur le chemin et de mourir le coeur éclaté en mille miettes de pain pour les oiseaux." p.147-148

"Les vieux, c'est comme les légumes: chacun a son préféré et aussi celui qu'il déteste le plus.[...] Comme pour les vieux, il y avait des légumes que j'adorais et d'autres que je ne pouvais pas sentir. C'était chimique. Du point de vue des qualité nutritive, le navet était comparable au chou de Bruxelles. Tous deux respectables, ayant fait la guerre (un peu plus le navet que le chou de Bruxelles). Pourtant je ne supportais pas le navet. Pour un légume, ce n'est pas trop grave, mais un vieux, ça peut vexer son amour-propre. Il faut faire attention à ne pas le vexer dans cette région parce que, de l'amour-propre quand on est vieux, c'est comme les dents, il ne nous en reste plus beaucoup. Il reste aux vieux de l'amour, sale comme du linge qu'ils ne lavent même pas en famille, de vieilles amours toutes moisies qu'ils cachent sous des piles de journaux et dans des albums de photos tellement craquelées que, si vous soufflez dessus, les chapeaux volent au vent et disparaissent dans la poussière du désert des chambres d'hospice. Saharas minuscules remplis à craquer de mirages absurdes où la solitude est si immense qu'il serait moins triste d'aller camper sur la lune ou de faire des ronds dans l'eau sur la mer Morte. Je savais tout ça sur les vieux. Et bien plus encore. Mais ça n'empêchait pas qu'il y en avait un que je ne pouvais pas blairer." p. 131,132,133

"Les épis de blé d'Inde craquaient si fort sur mon passage que j'avais l'impression d'être suivi par les quarante voleurs. Incapable de rassembler mes idées, je marchais droit devant moi comme un automate cherchant une raison d'être avec l'énergie du désespoir. N'importe quelle raison d'être. Il fallait juste qu'elle puisse me donner ne fût-ce qu'une brindille de contenance pour affronter l'humanité qui m'attendait de pied ferme à la chaumière." p.55

Tout ce que vous voulez savoir sur l'adaptation cinématographique: http://www.cestpasmoijelejure.com/ 

C'est pas moi, je le jure!, Bruno Hébert, Boréal compact, 1999, 195p.

Avec une grande justesse l’auteur explore les tourments de son jeune personnage et crée une histoire qui nous fait passer par toute la gamme des émotions. Un récit beaucoup plus complexe qu’une simple incursion dans le monde de l’enfance. Le point fort du roman de Bruno Hébert c'est la façon ironique et humoristique avec laquelle les événements troublants sont racontés. Une histoire touchante et plutôt dérangeante. Et j’ai été réellement bluffée par la fin… J’ai bien hâte de voir l’adaptation faite par Philippe Falardeau, je devrai malheureusement attendre la sortie en DVD car il n’est plus à l’affiche dans un cinéma près de chez moi…

9/10

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dimanche 05 octobre

Les trois modes de conservation des viandes - Maxime-Olivier Moutier

moutierCe roman-baume explore la vie familiale par les yeux d'un homme. Une succession d'instantanés de la vie quotidienne où l'individualisme fait place à la famille et à l'engagement. C'est un remède contre la désillusion des trentenaires, un discours renouvelé sur l'engagement et la paternité. Il prône le bonheur dans le mariage, la famille et la stabilité. Une manière touchante d'illustrer le rôle du père.

Ces tranches de vie mêlent les scènes de la vie ordinaire, des moments accablants, touchants, inquiétants alternant avec les souvenirs d'enfance du narrateur. Enfance où il vécu l'éclatement de sa famille, pris entre 2 parents incompatibles. Il est de cette génération, issue de la famille décomposée, qui a dû apprendre comment devenir parents dans les livres et qui se promet de ne pas suivre l'exemple lamentable de sa propre famille.

J'ai beaucoup apprécié l'écriture de ce roman. Enfin un auteur masculin qui ose écrire une vision différente et surtout optimiste sur l'engagement et la famille. Ça fait changement de la recette maintes fois réécrite à la Invincible ou Horloge Biologique. Ça nous donne enfin espoir à nous les femmes que nous ne sommes pas les seules pour qui les valeurs familiales sont primordiales. 

9/10

Extraits:

"Comment dire ma femme? Comment dire qu'elle vole et qu'elle glisse sans dire qu'elle vole et qu'elle glisse? Je la prend par sa bouche, par son cou, ses cheveux, sa joue, le haut de sa joue sous les yeux, par ses yeux, ses jambes, ses genoux, ses mains, ses doigts, ses paumes et ses ongles, par le dessus de ses mains, le côté, entre es doigts ouverts et pliés. Et je ne dis pas tout. Je pense à son dos, ses grains de beauté, son âge et son prénom. La couleur de sa peau, son sourire qui me reste dans la tête, je la prends aussi par là. Par la lampe qu'elle a achetée pour décorer la chambre. Je la prends et la ressens pleinement telle qu'elle est, par le fait qu'elle ait choisi cette lampe plutôt qu'une autre, et je pense exactement à cet instant où elle a peut-être hésité, pesé le pour et le contre, puis s'est décidée. Je l'aime parce qu'elle casse notre voiture, qu'elle laisse les lumières allumées inutilement, qu'elle a déjà fait brûler le pâté au poulet alors qu'il n'y a rien de plus simple au monde que de faire chauffer ce genre de plat préparé. Je la prends quand elle respire et que je n'ai aucun contrôle là-dessus. Parce que, même si notre voiture nous a coûté la peau des fesses, nous a ruiné en assurances et en réparations diverses, elle la casse quand même. Elle rentre un après-midi et me dit:" Chéri, il est arrivé quelque chose, j'ai cassé la voiture" et que devant cela non plus, je ne peux rien. Comme pour les casseroles calcinées, les chaussettes devenues rose dans une brassée où s'était glissée l'une de nos débarbouillette bourgogne. Je l'aime dans ce qui, chez elle, est indépendant de moi. Je l'aime dans son enfance, celle des trois ou quatre photos que je connais d'elle petite. Lorsque je ne la fréquentais pas encore. Dans ce qu'elle me raconte des maisons qu'elle a habitées. Je la prends même dans ce qu'elle était alors que je n'y étais pas, avant qu'elle existe dans ma vie." p. 113,114

"Je me lève étampé d'un sourire. Je prépare du café, je suis content de voir la petite se lever et de demander déjà quelque chose. Je vois ma femme assembler un sandwich pour le lunch, fouiller dans les plats Ziplock, mettre une touche de rouge à lèvres sur les lèvres de la petite déjà tout habillée - parce qu'elle désire déjà se maquiller -, et ne pas oublier de passer récupérer l'aspirateur chez le réparateur. Je les vois se préparer et je voudrais qu'il soit déjà dix-sept heures, pour que tous soient de retour. Même si dès qu'ils sont là, je ne sais pas quoi faire de plus pertinent que d'être là, je ne sais pas quoi dire pour exprimer tout mon amour. Et le radicaliser." p.152,153

Les trois modes de conservation des viandes, Maxime-Olivier Moutier, Marchand de feuilles, 2006, 261p.

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