jeudi 24 mai

Journal d'un corps - Daniel Pennac

Journal d'un corps

                   coup de coeur abeille

4e couverture:

13 ans, 1 mois, 8 jours Mercredi 18 novembre 1936

 Je veux écrire le journal de mon corps parce que tout le monde parle d'autre chose.

 

 50 ans et 3 mois            Jeudi 10 janvier 1974

 Si je devais rendre ce journal public, je le destinerais d'abord aux femmes. En retour, j'aimerais lire le journal qu'une femme aurait tenu de son corps. Histoire de lever un coin du mystère. En quoi consiste le mystère ? En ceci par exemple qu'un homme ignore tout de ce que ressent une femme quant au volume et au poids de ses seins, et que les femmes ne savent rien de ce que ressentent les hommes quant à l'encombrement de leur sexe.


86 ans, 9 mois, 16 jours          Lundi 26 juillet 2010

Nous sommes jusqu'au bout l'enfant de notre corps. Un enfant déconcerté.


De 13 à 87 ans, âge de sa mort, le narrateur a tenu le journal de son corps. Nous qui nous sentons parfois si seuls dans le nôtre nous découvrons peu à peu que ce jardin secret est un territoire commun. Tout ce que nous taisions est là, noir sur blanc, et ce qui nous faisait si peur devient souvent matière à rire.

 

Vous dire combien j’ai adoré ce roman!!! J’aime cet auteur d’amour! Qu’est-ce qu’il écrit bien! Et quelle idée fabuleuse d’écrire le journal du corps, parce que des journaux de l’esprit, c’est du déjà-vu! Mais un journal de son corps, fallait y penser!

Je me suis furieusement attachée au personnage, celui du journal (on ne connait pas son nom, mais au bout des pages, on sait tout de lui, ou presque…) Il est insolent, il est drôle, il est touchant, il est sincère. Et c’est l’image que je me fais de l’auteur. Parce que seulement un homme profondément bon, brillant, humain et ouvert peut écrire aussi bien les choses du corps…

Monsieur Pennac, Je vous aime!

10/10

Ce qui me plait le plus c’est quand, à la fin d’une lecture, mon bouquin ressemble à un porc-épic tout hérissé de dizaines de post-it. Et c’est toujours le cas quand je lis Pennac. Parce qu’un roman de Pennac, c’est un collier de perles littéraires.

En voici quelques unes :

« 13 ans, 1 mois, 14 jours        Mardi 24 novembre 1936 

Notre voix est la musique que fait le vent en traversant notre corps. (Enfin, quand il ne ressort pas par le bas.) » p.33

 

« 32 ans, 6 mois, 9 jours         Jeudi 19 avril 1956

Tijo me fait observer que quand j’éternue je dis ATCHOUM, littéralement. Il y voit un souci d’orthodoxie. Toi et tes bonnes manières! Tu es si bien élevé que si ton cul pouvait parler, il dirait  ’’ prout ‘‘. » p. 161

 

« 34 ans, 6 mois, 9 jours         Samedi 19 avril 1958

[…] Lison est à l’âge où l’enfant engage son corps entier dans le dessin. C’est tout son bras qui dessine : épaule, coude et poignet. Toute la surface de la page est requise. L’homme qui crie dans sa tête se déploie sur une double feuille arrachée à un cahier. La tête hurlante jaillissant de la tête soucieuse (soucieuse ou sceptique?) occupe la totalité de l’espace disponible. Dessin en expansion. Dans un an, l’apprentissage de l’écriture aura raison de cette ampleur. La ligne dictera sa loi. Épaule et coude soudés, poignet immobile, le geste se trouvera réduit à cette oscillation du pouce et de l’index qu’exigent les minutieux ourlets de l’écriture. Les dessins de Lison pâtiront de cette soumission à qui je dois ma calligraphie de greffier, si parfaitement lisible. Une fois qu’elle saura écrire, Lison se mettra à dessiner de petites choses qui flotteront dans la page, dessins atrophiés comme jadis les pieds des princesses chinoises. » p.171

 

« 34 ans, 6 mois, 10 jours         Dimanche 20 avril 1958

À regarder Lison dessiner, j’ai revécu mon apprentissage de l’écriture. De sa guerre, mon père avait rapporté quantité d’aquarelles où il avait saisi tout ce qui n’était pas affecté par le grand pilonnage. […] Il en avait des cahiers et des cahiers. Dès que ma main put se refermer sur un crayon, je m’amusais à détourer ces aquarelles. Loin de s’en offusquer, papa me guida : sa main sur la mienne il m’aidait à donner à la réalité que ses pinceaux avaient ébauchée le contour le plus exact possible. Du dessin, nous passâmes à l’écriture. Sa main toujours guidant la mienne, un porte-plume en place du crayon, il me faisait ourler des lettres après m’avoir fait détourer des marguerites. C’est ainsi que j’ai appris à écrire : en passant des pétales aux hampes et aux jambages. Trace-les avec soin, ce sont les pétales des mots! Je n’ai jamais retrouvé ses cahiers d’aquarelles, disparus dans le grand autodafé maternel, mais il m’arrive encore de sentir la main de mon père sur la mienne dans le plaisir enfantin que j’éprouve à bien ourler mes lettres. » p.171-172

 

« 55 ans, 4 mois, 17 jours        Mardi 27 février 1979

[…] Je dois me résoudre à l’évidence : ce n’est pas une tache sur ma peau, c’est une production de ma peau elle-même. Une marque de vieillesse, remontée des profondeurs. De celles qui parsèment les vieilles figures et que Violette appelait des fleurs de cimetière. » p.244-245

 

« 56 ans, 9 mois, 27 jours         Mercredi 6 août 1980

Blague entendue tout à l’heure, au bar où je prenais un café, raconté par mon voisin de comptoir, qui lui n’en était pas à son premier pastis : Pas de femme, dit le médecin à son patient. Pas de femme, pas de café, pas de tabac, pas d’alcool. Et avec ça, je vivrai plus vieux? Je n’en sais rien, dit le médecin, mais le temps vous paraîtra plus long. » p. 247

 

« 86 ans, 10 mois, 6 jours         Lundi 16 août 2010

La marmaille est repartie la veille de ma deuxième transfusion. Au revoir grand-mère! Au revoir grand-père! Si ces enfants ne doutent pas de nous revoir c’est qu’ils nous connaissent depuis toujours. Enfants nous ne voyons pas les adultes vieillir; c’est grandir qui nous intéresse, nous autres, et les adultes ne grandissent pas, ils sont confits dans leur maturité. Les vieillards non plus ne grandissent pas, eux, ils sont vieux de naissance, la nôtre. Leurs rides nous garantissent leur immortalité. Aux yeux de nos arrière-petits-enfants, Mona et moi datons de toute éternité et vivrons par conséquent à jamais. Notre mort les frappera d’autant plus. Première expérience de la fugacité. » p. 377

 

Et il y en a encore des dizaines comme ça, post-itées!

 

Je vous conseille le très beau billet de Cuné, qui a au moins autant aimé que moi! :o)

  

Journal d’un corps, Daniel Pennac, Gallimard, 2012, 389p.

 

beelove

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vendredi 30 juillet

Un cri d'amour au centre du monde - Kyoichi Katayama

Katayama          coup_de_coeur_abeille

"Je voudrais m’enfuir avec toi vers un pays où la maladie n’existe pas."

4e couverture:

Qu’advient-il de l’amour quand l’être aimé disparaît ?

Sakutaro et Aki se rencontrent au collège dans une ville de province du Japon. Leur relation évolue de l’amitié à l’amour lorsqu’ils se retrouvent ensemble au lycée.

En classe de première, Aki tombe malade. Atteinte de leucémie, elle sera emportée en quelques semaines. Sakutaro se souvient de leur premier baiser, de leurs rendez-vous amoureux, du pèlerinage en Australie entrepris en sa mémoire.

Quel sens donner à sa souffrance ?

Comment pourrait-il aimer à nouveau ?

Lorsque Sandy m’a offert ce roman (lors du Slat Swap) elle voulait partager un de ses coups de cœur avec moi et me faire découvrir cette belle histoire. Le billet de Stephie m’a convaincue de l’ouvrir sans tarder!

Je ne fais que penser au roman et j’ai une boule dans la gorge et mes yeux se remplissent de larmes! Qu’est-ce que j’ai pleuré en lisant l’histoire de Saku’chan et de sa belle Aki. Un roman qui a fait vibrer en moi une corde sensible. (Ohh la la, si vous me voyiez en ce moment! Je n’arrive même pas à écrire une ligne sans verser une larme!) Je suis incapable d’écrire un billet à la hauteur de cette œuvre magnifique, douce, tendre et si tragique! Je vous invite seulement à le lire, à vous laissez toucher par les mots si beaux, si justes de l’auteur. Un roman que je vais relire, sans aucun doute! Un coup de cœur, un gros! Merci Sandy!

10/10  mini_bee_coeur

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Un cri d’amour au centre du monde, Kyoichi Katayama, Presses de la Cité, Le Livre de Poche, 2006, 215p.

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vendredi 04 juin

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur - Harper Lee

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4e couverture:

Dans une petite ville d'Alabama, à l’époque de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d'office pour défendre un Noir accusé d'avoir violé une Blanche.

Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 - au cœur de la lutte pour les droits civiques -, connut un tel succès. Il ne suffit pas en revanche à comprendre comment ce roman est devenu un livre culte aux Etats-Unis et dans bien d'autres pays. C'est que, tout en situant son sujet en Alabama à une époque bien précise - les années 1930 -, Harper Lee a écrit un roman universel sur l'enfance confrontée aux préjugés, au mensonge, à la bigoterie et au mal. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique.

Couronné par le Prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur s'est vendu à plus de 30 millionschallenge_100_ans_2 d'exemplaires dans le monde entier.

Il y a plusieurs années que j’ai envie de découvrir ce roman (je le possède même en deux éditions!) sans jamais oser l’ouvrir. Ça m’arrive parfois avec des romans dont j’ai beaucoup d’attentes. Je sais, c’est un véritable non-sens! Je me crée moi-même des attentes en reportant ces lectures! Je suis vraiment bizarre parfois!

Par chance, le roman de Harper Lee a comblé toutes mes attentes! Il est aussi bon que je le croyais! Je vais vous avouer quelque chose, je suis passionnée par l’histoire américaine (et très peu par celle de mon propre pays!) et les romans (et aussi les films) qui me plonge au cœur de l’Amérique Noire du sud des États-Unis m’interpelle particulièrement. Grâce à l’écriture sensible de Harper Lee, j’ai vécu, le temps de quelques pages objectif_PALà Maycomb, Alabama avec la petite Scout, sa famille et leurs voisins. J’en suis revenue transformée.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est un roman incontournable. On dit même que c’était le second roman le plus lu aux États-Unis après la Bible!

10/10

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J’ai lu ce roman dans le cadre d’une lecture commune avec Anjelica, Pickwick, Manu, Calypso, Choupynette, Sybille, Elora, Fattorius, Liyah et plusieurs autres!

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Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Harper Lee, Éditions de Fallois, Le Livre de Poche, 2005, 447p.

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ruche_bees

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lundi 10 mai

Grâce et dénuement - Alice Ferney

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               coup_de_coeur_abeille

"Ce qui se perdait dans la misère c’était aussi le désir et l’élan vers l’avenir."

4e couverture:

Dans un décor de banlieue, une bibliothécaire est saisie d'un désir presque fou : celui d'initier à la lecture des enfants gitans privés de scolarité. Elle se heurte d'abord à la méfiance, à la raillerie et au mépris qu'inspirent les gadjé. Mais elle finit par amadouer les petits illettrés, en même temps qu'elle entrevoit le destin d'une famille sur laquelle règne une veuve mère de cinq fils.

J’ai lu ce roman début avril et je devais publier mon billet le 30 avril puisque c’était une lecture commune, Objectif_PALmais avec tous les chambardements de ma nouvelle vie, je n’ai pas eu de temps pour écrire mon billet avant ce matin! Par chance, je garde à l’esprit un très vif souvenir de ma lecture. Comment pourrait-il en être autrement avec ce superbe roman!

Avant même de lire le roman, il y avait déjà une émotion particulière entre lui et moi puisqu’il m’a été offert par amitié par mon Bison. Comme elle me l’a expliqué, c’est un roman qui l’a profondément marquée et il a une grande signification pour elle et sa famille… C’est donc dans cet état d’esprit que j’ai ouvert ce roman. Et j’y ai découvert un roman d’une douceur et d’une grâce infinie.

Je ne connais pas l’univers des gitans. Au Québec, ce n’est pas dans notre réalité, j’imagine que les conditions hivernales de nos hivers rigoureux y sont pour quelque chose. Malgré tout, je me suis sentie impliquée émotionnellement par cette famille nomade qui ne possède rien d’autre que les liens familiaux qui les uni.

Alice Ferney, de sa superbe plume, écrit un roman profondément humain. Elle décrit le monde des gitans de façon réaliste, sans fioriture, avec cette écriture fluide et sensible qui nous touche droit au cœur.

Un roman qui porte si bien son titre…

10/10

Extrait :

« Il y avait un secret au cœur des mots. Il suffisait de lire pour entendre et voir, et l’on n’avait que du papier entre les mains. Il y avait dans les mots des images et des bruits, la place de nos peurs et de quoi nourrir nos cœurs. » p. 165

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Merci ma Canel pour cette si sensible et profonde lecture…

Lu dans le cadre d’une lecture commune (pas si commune que ça) avec Liliba et Clara.

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Grâce et dénuement, Alice Ferney, Actes Sud, Babel, 1997, 288p.

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jeudi 25 mars

L'Ombre du vent - Carlos Ruiz Zafón

Zafon           coup_de_coeur_abeille

"Il est des prisons pire que les mots"

4e couverture:

Dans la Barcelone de l'après-guerre civile, «ville des prodiges» marquée par la défaite, la vie est difficile, les haines rôdent toujours.

Par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon - Daniel Sempere, le narrateur - dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés. L'enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est ainsi convié par son père, modeste boutiquier de livres d'occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y «adopter» un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l'entraîner dans un labyrinthe d'aventures et de secrets «enterrés dans l'âme de la ville» : L'Ombre du Vent.

Avec ce tableau historique, roman d'apprentissage évoquant les émois de l'adolescence, récit fantastique dans la pure tradition du Fantôme de l'Opéra ou du Maître et Marguerite, énigme où les mystères s'emboîtent comme des poupées russes, Carlos Ruiz Zafón mêle inextricablement la littérature et la vie.

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J'ai terminé L'Ombre du vent la nuit dernière après avoir lu durant 7h sans m'arrêter. J'ai été totalementObjectif_PAL envoutée, ensorcelée par l'histoire de Daniel Sempere et de Julián Carax. Carlos Ruiz Zafón m'a littéralement transportée dans le Barcelone de l'après-guerre civile. En ouvrant ce roman, je ne m'attendais pas du tout à lire l'histoire que j'y ai lue. L'Ombre du vent est l'histoire d'une quête mais avant tout celle de personnages plus grands que nature (un clin d'œil particulier à Fermín Romero de Torres) et c'est ce qui fait la force de ce récit. Et l'ambiance aussi, c'est fabuleux, indescriptible! L'Ombre du vent est un roman d'apprentissage, mais pas que… Lisez-le, si ce n'est pas déjà fait!

Un GROS 10/10

Extrait:

"Bea prétend que l'art de la lecture meurt de mort lente, que c'est un rituel intime, qu'un livre est un miroir où nous trouvons seulement ce que nous portons déjà en nous, que lire est engager son esprit et son âme, des biens qui se font de plus en plus rares." p. 632

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Une lecture commune avec Cynthia!

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D'autres avis chez BoB.

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L'Ombre du vent, Carlos Ruiz Zafón, Grasset & Fasquelle, Le Livre de Poche, 2004, 636p.

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abc_abeille

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mardi 27 octobre

Le coeur cousu - Carole Martinez

coeur_cousu          coup_de_coeur_abeille

4e couverture:

Dans un village du sud de l'Espagne, une lignée de femmes se transmet depuis la nuit des temps une boîte mystérieuse... Frasquita y découvre des fils et des aiguilles et s'initie à la couture. Elle sublime les chiffons, coud les êtres ensemble, reprise les hommes effilochés. Mais ce talent lui donne vite une réputation de magicienne, ou de sorcière. Jouée et perdue par son mari lors d'un combat de coqs, elle est condamnée à l'errance à travers une Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang. Elle traîne avec elle sa caravane d'enfants, eux aussi pourvus - ou accablés - de dons surnaturels. Carole Martinez construit son roman en forme de conte : les scènes, cruelles ou cocasses, témoignent du bonheur d'imaginer. Le merveilleux ici n'est jamais forcé : il s'inscrit naturellement dans le cycle de la vie.

Oh-My-Man! Quel choc, quel coup de poing, quel coup au cœur! Ce petit bijou de roman fait incontestablement parti de mon top 5! Wow! Je suis subjuguée par le talent de Carole Martinez, son univers m’a tout simplement fascinée! Il m’a littéralement scotchée sur mon transat une journée entière! (je l’ai lu lors de mon séjour en Grèce sur une plage de l’île de Mykonos). J’ai quitté la plage seulement après avoir tourné la dernière page, le roman en compte tout de même 442! Le soleil était couché depuis longtemps quand, le cœur serré, j’ai lu la dernière page, la dernière phrase, le dernier mot… Ahhh, ce fut pénible de quitter cette histoire, ces mots…

J’aurais voulu laisser quelques extraits mais je suis incapable de ne choisir que quelques passages de ce roman fabuleux, j’aurais pu mettre le roman entier! Je vous invite plutôt à le lire, si ce n’est déjà fait…

10/10

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Pour d'autres avis, faites un saut chez Blog-O-Book.

Et une entrevue géniale avec l'auteur chez Géraldine. Merci! :o)

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Le Coeur cousu, Carole Martinez, Gallimard, Folio, 2007, 442p.

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dimanche 12 juillet

La Femme en vert - Arnaldur Indridason

indridason

   coup_de_coeur_abeille

4e couverture:

Dans une banlieue de Reykjavik, au cours d’une fête d’anniversaire, un bébé mâchouille un objet qui se révèle être un os humain. Le commissaire Erlendur et son équipe arrivent et découvrent sur un chantier un squelette enterré là, soixante ans auparavant. Cette même nuit,  Eva Lind, la fille d’Erlendur, appelle son père au secours sans avoir le temps de lui dire où elle est. Il la retrouve à grand-peine dans le coma et enceinte. Erlendur va tous les jours à l’hôpital rendre visite à sa fille inconsciente et, sur les conseils du médecin, lui parle, il lui raconte son enfance de petit paysan et la raison de son horreur des disparitions.

L’enquête nous est livrée en pointillé dans un magnifique récit violent et émouvant, qui met en scène, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, une femme et ses trois enfants. Une femme victime d’un mari cruel qui la bat, menace ses enfants et la pousse à bout…

Je poursuis ma découverte des romans d'Arnaldur Indridason et je dois dire que celui-ci franchement est un des meilleurs romans policiers que j'ai lu! Je l'ai lu d'une traite en une seule journée. J'ai aimé La Cité des Jarres, mais j'ai adoré celui-ci! J'ai retrouvé l'inspecteur Erlendur, notre héros tourmenté, avec un franc plaisir! Indridason a un talent fou pour créer les ambiances propices au roman policier et surtout des personnages que l'on ne peut pas oublier. Nous en apprenons un peu plus sur les démons d'Erlendur ce qui le rend encore plus touchant et humain.

La construction du roman m'a beaucoup plu, c'est à mon avis un des points forts de La femme en vert. Trois histoires sont racontées en parallèle, l’histoire personnelle d’Erlendur, le récit de la vie d’une famille dont la femme est battue par son mari et l’enquête que mène l'inspecteur et ses fidèles collaborateurs Sigurdur Oli et Elinborg. L'intrigue nous fait naviguer entre le passé et le présent avec une efficacité redoutable. Une histoire triste, noire, violente qui donne envie de baisser les yeux, de détourner la tête pour ne pas être témoin de cette douleur, de cette cruauté.

10/10

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Pour tout plein d'autres avis visitez: Blog-O-Book

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La femme en vert, Arnaldur Indridason, Métailié, 2006, 298p.

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samedi 16 mai

Les âmes brûlées - Andrew Davidson

Andrew_Davidson      coup_de_coeur_abeille

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"L'amour est aussi fort que la mort, aussi dur que l'Enfer."

La mort sépare l'âme du corps,

Mais l'amour sépare toute chose de l'âme.

                              Maître Eckhart, mystique allemand

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4e couverture:

Que feriez-vous si vous vous réveilliez sur un lit d'hôpital, le corps brûlé et couvert de cicatrices? Il ne vous resterait qu'à attendre la mort. À moins qu'un ange passe votre porte…

C'est le destin hors norme du héros des Âmes brûlées. L'accident terrible qui le met sur la voie mystique de sa rédemption.

Et le début d'une aventure hallucinante, du Moyen Âge à nos jours, de l'enfer à l'amour.

Gravement brûlé à la suite d'un accident de la route, le narrateur doit tout oublier de sa vie d'avant et recommencer à zéro. Durant sa convalescence à l'hôpital, il reçoit la visite de la mystérieuse et énigmatique Marianne Engel qui dit l'avoir connu dans un monastère allemand au cours du 14e siècle… Au cours de ses visite, elle lui raconte son histoire…

Un histoire incroyable mêlant légendes médiévales, amour, religion, qui oscille entre folie et fantastique. Tout comme le narrateur, dont on ne saura jamais le nom, on est complètement envouté par le récit de Marianne Engel. Les âmes brûlées est le premier roman de l'auteur Andrew Davidson et surement pas son dernier! Un auteur de grand talent et à l'imagination fertile. Un livre tout simplement magnifique. On ne ressort pas indemne d'une telle lecture… Total coup de cœur!

10/10

Elles en parlent beaucoup mieux que moi: La Liseuse et Karine :)

Et le site du livre qui vaut le détour!

Extrait:

"J'ai parfois l'impression qu'il y a quelque chose de profondément contraire à la nature même de l'homme dans le fait d'écrire, en particulier de la poésie. En proie à des accès de paranoïa due à la cocaïne, il m'arrivait de brûler mes cahiers de poésie et de regarder les pages se consumer une à une, les flammes crachant en l'air de petits flocons gris. Tandis que mes mots de cendre s'envolaient vers les cieux, je me sentais rassuré de savoir que ma personnalité profonde était à nouveau à l'abri: la meilleure équipe médico-légale du FBI n'arriveraient pas à reconstituer mes émotions. Dissimuler mes émotions les plus sincères dans mes écrits avait ce ci de beau que je pouvais les incinérer sans prévenir." P. 189

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Les âmes brûlées, Andrew Davidson, Plon, 2009, 502p.

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dimanche 03 mai

Le Prince des Marées - Pat Conroy

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« L’histoire de ma famille était une histoire d’eau salée, de bateaux et de crevettes, de larmes et de tempêtes. »

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4e couverture:

Tom, Luke et Savannah ont grandi au paradis, dans le sud faulknérien, sur la petite île de Melrose où leur père pêchait et leur mère régnait par sa beauté. Comment survivre à tant de bonheur et de poésie ? Leur enfance éblouie et perdue préfigure les drames inévitables de l'âge adulte. Parce qu'ils refusent de mûrir, de vieillir, leurs rêves d'art, d'exploits, de justice vont se heurter à la brutalité du monde réel. La géniale et tragique Savannah et ses frères affrontent l'amour, la solitude et la peur de vivre avec une ironie désespérée. De leurs blessures inguérissables naissent des fous rires sans fin et une immense tendresse.

Entre l'émotion et la vivifiante intelligence, "Le Prince des Marées" est un de ces livres magiques qui peuvent vous briser le coeur, un de ceux que l'on n'oublie jamais.

Vous est-il déjà arrivé d’étirer la lecture d’un roman parce que vous craignez le moment où il sera terminé, où vous auriez tourné la dernière page? C’est ce qui m’est arrivé avec ce magnifique roman de Pat Conroy. J’ai été profondément émue par cette histoire familiale. L’odeur des crevettes, les embruns salés des marécages m’ont accompagné tout au long de ma lecture. Je me suis rarement autant attachée à un personnage qu’à ce Tom Wingo de Colleton, Caroline du Sud. Cet homme brisé, écorché, souffrant, mais qui garde espoir malgré tout, j’aurais eu envie de lui posé sa tête sur mes genoux et de lui caresser les cheveux. Il y a aussi beaucoup de tendresse, d’humour et de dérision dans cette histoire. Pat Conroy, délicatement et sans prétention, nous offre une œuvre magistrale, toute en finesse et sensibilité. Un roman tout simplement inoubliable.

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10/10

Extraits:

« De ses erreurs passés, elle avait tiré et codifié une éthique naturelle : l’amour n’était pas la demoiselle d’honneur obligée du désespoir; l’amour n’impliquait pas la souffrance. Forte de se savoir, elle était revenue tranquillement à la vie qu’elle avait abandonnée. Chaque fois que mon père nous battait, ma mère disait : « C’est seulement parce qu’il vous aime qu’il a frappé. » Chaque fois qu’elle-même nous tapait avec sa brosse à cheveux, son manche à balai ou ses mains nues, elle le faisait au nom et sous le signe de l’amour. […] Mais ma grand-mère rapporta de ses lointains voyages une doctrine révolutionnaire : L’amour ignore les larmes; il ignore les poings. L’amour ne laisse pas de bleus, il ne fait pas saigner. Au début, nous nous dérobâmes tous les trois lorsqu’elle voulut nous serrer dans ses bras, nous prendre sur ses genoux. Tolitha caressa nos visages, nos cheveux. Elle nous embrassa jusqu’à nous faire ronronner comme des chatons. Elle chantait nos louanges par des refrains de son invention. Elle nous disait que nous étions beaux. Elle nous disait que nous étions extraordinaire et que nous accomplirions de grandes choses. » p.201-202

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« Je vécus mon enfance persuadé qu’un jour mon père me tuerait. Mais je vivais dans un monde où l’on n’expliquait rien aux enfants, sauf la suprématie du concept de loyauté. J’appris de ma mère que la loyauté était la façon de faire bonne figure quand on fondait toute sa vie sur une accumulation de mensonges insignes. » p.208

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« Ce que je sais de l’amour humain, je le tiens d’abord de mes parents; chez eux, l’amour était privation et dessèchement. Mon enfance fut placée sous le sceau du danger, du désordre et des menues mises en garde. » p.372

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Le Prince des Marées, Pat Conroy, Presses de la Renaissance (France-Loisirs), 1988, 851p.

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abc_abeille

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samedi 14 mars

Les carnets de Douglas - Christine Eddie

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4e couverture:

Le même jour, deux adolescents parviennent à fuir un destin qui les aurait emmurés. Ils se trouvent, deux ans plus tard, à Rivière-aux-Oies, un village beaucoup trop discret pour figurer sur une carte. Au cœur de la nature généreuse et sauvage, ils s’aiment, à l’abri des rugissements du vingtième siècle. Jusqu’à ce que la vie, comme d’habitude, fasse des siennes.

Fondu au blanc.

Les années passent, Rivière-aux-Oies se métamorphose avec, en arrière-plan, une révolution à peine tranquille et le saccage des bétonnières. Une famille singulière s’improvise, malgré les ragots et en dépit des blessures. Dans la maison du docteur, les liens se tissent avec tendresses. Un médecin au cœur rafistolé, une institutrice au nom imprononçable et une enfant surgie des bois vont peut-être permettre à Douglas d’entendre enfin la réponse du vent.

Une passion comme au cinéma, qui se déploie à l’ombre d’un arbre, d’une clarinette et de la beauté fragile du monde.

Je me retrouve sans voix devant ce magnifique premier roman de Christine Eddie. Il m’est très difficile de parler de mon ressentiment après la lecture de ce livre qui est venu me cherche au plus profond de mon âme. J’ai été happée par ce récit d’une belle histoire d’amour. Le style épuré et poétique de l’auteur m’ont énormément plu. Les chapitres courts se lisent d’une traite et nous envoûtent. Les thèmes abordés; l’amour, la musique et la nature ont tout pour me plaire. Un roman intense, doux et beau. Je ne peux que vous inciter à le lire!

10/10

Je vous laisse avec deux magnifiques passages du roman qui m'ont beaucoup émue.

« Eh bien oui, quelquefois l’amour sait être grandiose.

Pour Douglas, Éléna choisit le corps qui lui allait le mieux. Elle demanda à l’humidité de lui boucler encore plus les cheveux et au soleil de lui colorer les joues. L’eau de la rivière lui adoucissait la peau et la lumière égayait ses yeux. Elle enfila ses jambes du dimanche et se vêtit de ses plus beaux seins. Elle s’accrocha à la bonne humeur et son rire se mit à retentir en écho dans la forêt. Aimer Douglas la rendit plus heureuse.

Pour Éléna, Douglas déverrouilla son âme. Timidement d’abord, puis avec confiance, comme une fenêtre qui s’ouvre lentement sur la mer. Il vida devant elle ses vieux tiroirs, laissant s’envoler ses craintes, une à une, libérées du tourment où il les avait tenues enfermées. Il dépoussiéra sa solitude. Avec l’aide de Mozart, de Liszt, de Schumann et de Debussy, il lui fit cadeau d’une tendresse empreinte de grâce. Et, entre les pages jaunies de ses livres de poésie, il trouva les mots de l’amour. Aimer Éléna rendit Douglas plus humain. » p. 61

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« Il était comme ça, Douglas, quand il était l’amoureux d’Éléna. Il lui raccommodait l’âme avec des phrases inattendues, pleine de miel, et elle finissait par oublier une fois pour toutes sa vieille rancune de Saint-Lupien. Il avait cette façon bien à lui, gentille et empressée, de lui faire croire à tout ce en quoi elle voulait croire. Même la nuit, quand la forêt devenait intimidante et se couvrait de noir foncé.

-Tu es mon gouvernail. Reste avec moi, bouclette.

Mon gouvernail, ma boussole, mon paratonnerre. C’était tout lui, ça. N’avoir pas parlé durant vingt ans et connaître soudain un dictionnaire entier de mots d’amour. Enrubanner Éléna de formules remplies à ras bord. La soulever d’une phrase, l’installer au sommet du ravissement et ne rien faire pour qu’elle en redescende. La nommer comme on baptise une terre longuement convoitée, finalement conquise. C’était beaucoup plus fort que lui. Parce qu’elle avait le soleil qui lui éclaboussait la figure. Surtout la nuit. » p.67-68

Les carnets de Douglas, Christine Eddie, Alto, 2007, 198p.

Posté par aBeiLLe_ à 19:47 - - Commentaires [5] - Permalien [#]