bruno_h_bert

À l'été 1968, Léon a 10 ans. C’est un petit garçon émotionnellement fragile. Son univers bascule lorsque ses parents se séparent pendant les vacances scolaires et que sa mère quitte pour la Grèce. Les disputes et le divorce de ses parents crée un vide affectif qui fait basculer l’enfant dans un monde parallèle, un monde imaginaire qui l'attire en lui proposant des aventures dangereuses. Son comportement se transforme du jour au lendemain. Une voix en lui le pousse à faire des bêtises. Il trouve dans la délinquance un moyen d’exprimer sa souffrance. La seule à pénétrer dans son monde intérieur est la jeune Clarence qui partage ses chimères et ses folles équipées.

Ce roman plonge le lecteur dans l'univers d'un petit garçon malheureux dont l'entourage ne s'aperçoit pas de la détresse profonde. Lui-même ne s'apitoie pas sur son sort et s'occupe l'esprit à longueur de journée, et même de nuit…

Extraits:

"La peur, c'est comme une boîte de Prismacolor, il y en a de toutes les couleurs: la peur bleue, la peur du noir, on peut aussi devenir blanc comme un drap ou rouge de colère et il y a le péril jaune, mais pas dans nos régions. De toutes ces peurs, il y en avait une dont je ne connaissais pas la couleur mais qui me travaillait les méninges sans arrêt. C'était cet amour pour Clarence qui ne cessait de grandir en moi, et j'avais peur, peur de finir étouffé, de m'effondrer sur le chemin et de mourir le coeur éclaté en mille miettes de pain pour les oiseaux." p.147-148

"Les vieux, c'est comme les légumes: chacun a son préféré et aussi celui qu'il déteste le plus.[...] Comme pour les vieux, il y avait des légumes que j'adorais et d'autres que je ne pouvais pas sentir. C'était chimique. Du point de vue des qualité nutritive, le navet était comparable au chou de Bruxelles. Tous deux respectables, ayant fait la guerre (un peu plus le navet que le chou de Bruxelles). Pourtant je ne supportais pas le navet. Pour un légume, ce n'est pas trop grave, mais un vieux, ça peut vexer son amour-propre. Il faut faire attention à ne pas le vexer dans cette région parce que, de l'amour-propre quand on est vieux, c'est comme les dents, il ne nous en reste plus beaucoup. Il reste aux vieux de l'amour, sale comme du linge qu'ils ne lavent même pas en famille, de vieilles amours toutes moisies qu'ils cachent sous des piles de journaux et dans des albums de photos tellement craquelées que, si vous soufflez dessus, les chapeaux volent au vent et disparaissent dans la poussière du désert des chambres d'hospice. Saharas minuscules remplis à craquer de mirages absurdes où la solitude est si immense qu'il serait moins triste d'aller camper sur la lune ou de faire des ronds dans l'eau sur la mer Morte. Je savais tout ça sur les vieux. Et bien plus encore. Mais ça n'empêchait pas qu'il y en avait un que je ne pouvais pas blairer." p. 131,132,133

"Les épis de blé d'Inde craquaient si fort sur mon passage que j'avais l'impression d'être suivi par les quarante voleurs. Incapable de rassembler mes idées, je marchais droit devant moi comme un automate cherchant une raison d'être avec l'énergie du désespoir. N'importe quelle raison d'être. Il fallait juste qu'elle puisse me donner ne fût-ce qu'une brindille de contenance pour affronter l'humanité qui m'attendait de pied ferme à la chaumière." p.55

Tout ce que vous voulez savoir sur l'adaptation cinématographique: http://www.cestpasmoijelejure.com/ 

C'est pas moi, je le jure!, Bruno Hébert, Boréal compact, 1999, 195p.

Avec une grande justesse l’auteur explore les tourments de son jeune personnage et crée une histoire qui nous fait passer par toute la gamme des émotions. Un récit beaucoup plus complexe qu’une simple incursion dans le monde de l’enfance. Le point fort du roman de Bruno Hébert c'est la façon ironique et humoristique avec laquelle les événements troublants sont racontés. Une histoire touchante et plutôt dérangeante. Et j’ai été réellement bluffée par la fin… J’ai bien hâte de voir l’adaptation faite par Philippe Falardeau, je devrai malheureusement attendre la sortie en DVD car il n’est plus à l’affiche dans un cinéma près de chez moi…

9/10