Catherwood4e couverture:

Nous sommes en 1678 quand Catherwood et Elisabeth, sa fillette âgée de un an, se perdent dans une forêt du Nouveau Monde. Récemment émigrée d’Angleterre, Catherwood vient de s’installer avec son mari près d’Albany, dans l’État de New York. Mais il suffit d’une brève inattention par un matin de printemps pour qu’une visite à des voisins se transforme en une longue errance solitaire.

À l’arrivée de l’été, Catherwood traverse un paysage aussi dur et impitoyable qu’il est majestueux et luxuriant. Les mois d’hiver approchant, elle cherche frénétiquement des signes de présence humaine dans cette contrée déserte, tout en luttant pour rester en vie avec sa fille.

L’histoire de Catherwood est une superbe évocation de l’Amérique à l’époque où ce pays était véritablement un nouveau monde. Livre subtil au charme envoûtant, c’est à la fois une fable, un roman historique (l’atmosphère est minutieusement reconstituée) et l’étude du cœur d’une mère dotée d’un incroyable courage.

J’ai choisi ce roman tout à fait par hasard en fouinant à la bibliothèque pour trouver un auteur de la lettre Y pour mon Challenge ABC. Je ne l’ai pas inclus dans ce challenge mais j’ai quand même décidé de lire le livre puisqu’il était très court. Je ne le regrette pas du tout puisque c’est un petit trésor. Ce n’est pas un chef-d’œuvre, mais j’ai ressenti un petit quelque chose en lisant ce récit touchant. L’écriture de Marly Youmans y est pour beaucoup. Il y a de magnifiques bijoux de phrases, des descriptions sublimes, et l’histoire n’est pas banale du tout.

8/10

Extraits :

« Il y eut un violent coup de vent, un craquement sec, le nuage absorba le crépuscule, et le ciel vira au jaunâtre; un calme, et tout ne fut plus que ténèbres. Semblant jaillir à reculons d’une flottille de petits nuages, la lune courut se cacher derrière le velours sombre. L’obscurité se fendit, déversant comme par magie sa blanche semence, pluie d’innombrables petites lunes heurtant les mâts et les vergues, rebondissant et roulant sur le pont, se logeant dans les organeaux et les crevasses. À l’abri d’une épaisse toile que martelaient des pierres de cire, serrés l’un contre l’autre, Catherwood et Gabriel virent l’averse de grêle s’arrêter aussi soudainement qu’elle avait commencé. Les vents déchirèrent le nuage, et la lune apparut dans un halo. » p. 19

« Grisées, amoureuses des pétales aux lèvres soyeuses, les abeilles dégringolaient, roulaient de fleurs en feuilles, se rétablissant en plein vol avant de zébrer l’air ou de se poser sur un brin d’herbe. » p. 46

« La fin de l’automne arriverait avec ses jours de chute de feuilles rouges, puis jaunes. Le gel s’accrocherait au sol nu, enfoncerait ses griffes là où Elisabeth dormirait comme une graine. Puis le roi hiver rôderait dans la forêt, la couvrant de neige. Tout étincellerait de sceptres de glace, couches de froid s’amoncelant jusqu’à ce qu’un vert étouffé brille faiblement au plus profond de châteaux souterrains. Ce n’était pas la place d’un enfant. » p. 141

L’histoire de Catherwood, Marly Youmans, Anne Carrière, 1998, 176p.