Truman_capote

Grady, 17 ans, est la cadette des filles McNeil. Elle s'ennuie prodigieusement entre une mère superficielle et une soeur à qui tout réussi; un beau mariage et des enfants parfaits. Grady est différente, elle rêve d'aventures. Elle n'a aucune envie d'accompagner ses parents en croisière en Europe. Elle fait la connaissance d'un jeune employé de parking dont elle tombe amoureuse. Clyde est un jeune homme rude marqué par la vie difficile de Brooklyn. Ils n'appartiennent pas au même monde et chacun se sent mal dans le monde de l'autre. Un gouffre les séparent. Mais en sa compagnie, le temps d'un été brûlant à New-York, elle va tirer un trait définitif sur son enfance. Mais la jeune fille découvre trop tard le prix exorbitant de la liberté...

La traversée de l'été est le premier roman écrit par Truman Capote alors qu'il n'avait que 19 ans. Après l'avoir retravaillé plusieurs fois, l'auteur a décidé de l'abandonner. Ce n'est que bien après sa mort que le récit a finalement été retrouvé et publié.  Le tout manque un peu de profondeur mais sachant que ce roman est inachevé, c'est une ébauche plus que réussie.

6.5/10

Extrait:

"Une chaleur écrasante pesait sur Lexington Avenue, d'autant plus irrespirable encore qu'ils venaient de quitter l'air conditionné du cinéma. À chaque pas, l'haleine fade de la canicule leur soufflait au visage. La nuit sans étoile s'était refermée comme le couvercle d'un cercueil et l'avenue, avec ses kiosques à journaux où s'affichaient des catastrophes, avec le bourdonnement de ses néons, évoquait le corps immobile d'une gisante. La pluie tachetée d'électricité multicolore, étincelait sur les pavés, tandis que les visages changeaient de teinte à la vitesse d'un caméléon : les lèvres de Grady passèrent du vert au pourpre. Meurtre! Dissimulés derrière les journaux comme derrière des masques, quelques personnes attroupées à l'arrêt de bus exhalaient une vapeur humide sans quitter des yeux le regard du jeune tueur que leur présentait la presse. Clyde acheta lui aussi un journal.
Grady qui n'avait jamais passé un été à New York ignorait qu'il existât des nuits pareilles. La chaleur ouvre le crâne de la ville, exposant au jour une cervelle blanche et des nœuds de nerfs vibrant comme les fils des ampoules électriques. L'air se charge d'une odeur surnaturelle dont la puissance âcre imbibe les pavés, les recouvrant d'une sorte de toile d'araignée sous laquelle on imagine les battements d'un cœur. Grady n'avait qu'une connaissance limitée de ce genre de naufrage citadin, elle en avait perçu des signes avant-coureurs à Broadway mais ils appartenaient au décor extérieur, elle n'en faisait pas partie. À présent, elle en était prisonnière et il n'y avait pas d'issue de secours.
" p.124-125

La traversée de l'été, Truman Capote, Grasset & Fasquelle, 2006, 203p.