noetmoi

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Adolescente surdouée, Lou n’est pas comme les autres camarades de sa classe. Elle n’a que 13 ans mais elle est déjà en seconde, elle est timide, a un gabarit minuscule et se sent très seule. Chez elle l’ambiance est morose. Sa mère dépressive depuis la mort subite de sa petite sœur est murée dans son chagrin, elle ne parle plus, agit comme une automate. Son père, impuissant, fait ce qu’il peut pour « sauver les apparences » sans y arriver vraiment. Lou rencontre No, une SDF, par hasard à la Gare Austerlitz où elle traîne après les cours pour regarder les retrouvailles des passagers. En classe, elle propose de faire un exposé sur les SDF. Lou va chercher le contact avec No et essayer de l'apprivoiser. Après son exposé, Lou décide de sauver No envers et contre tous et de lui donner une famille en l'amenant chez elle. Ses efforts sont touchants, mais elle se fera rattraper par la dure réalité...

Ce roman est tout simplement époustouflant! Il donne la parole à une jeune adolescente de 13 ans, qui est très intelligente, qui réfléchit énormément et pose beaucoup trop de questions. Lou a une personnalité attachante, et c’est avec beaucoup d’intérêts qu’on la suit dans sa démarche pour sauver No, qui va s’avérer plus difficile qu’elle ne s’y attend. Cette expérience va lui apprendre à grandir, à se connaître et à aller plus facilement vers les autres. Un très beau livre qui suscite des réflexions sur l'individu, la solitude, l'amitié et l'humanité. Il ne bascule jamais dans le mélo, ni le sordide. C’est un livre superbe, touchant, émouvant.

10/10

Extrait:

"Je ne savais pas comment lui dire au revoir, s'il fallait dire madame ou mademoiselle, ou si je devais l'appeler No puisque je connaissais son prénom. J'ai résolu le problème en lançant un au revoir tout court, je me suis dit qu'elle n'était pas du genre à se formaliser sur la bonne éducation et tous ces trucs de la vie en société qu'on doit respecter. Je me suis retourner pour lui faire un petit signe de la main. elle est restée là, à me regarder partir, ça m'a fait de la peine parce qu'il suffisait de voir son regard, comme il était vide, pour savoir qu'elle n'avait personne pour l'attendre, pas de maison, pas d'ordinateur, et peut-être nulle part où aller." p.20

"Parler je n'aime pas trop ça, j'ai toujours l'impression que les mots m'échappent, qu'ils se dérobent, s'éparpillent, ce n'est pas une question de vocabulaire ni de définition, parce que des mots j'en connais pas mal, mais au moment de les dire ils se troublent, se dispersent, c'est pourquoi j'évite les récits et les discours, je me contente de répondre aux questions que l'on me pose, je garde pour moi l'excédent, l'abondance, ces mots que je multiplie en silence pour approcher la vérité." p.30

No et moi, Delphine de Vigan, JC Lattès, 2007, 285p.