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« L’histoire de ma famille était une histoire d’eau salée, de bateaux et de crevettes, de larmes et de tempêtes. »

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4e couverture:

Tom, Luke et Savannah ont grandi au paradis, dans le sud faulknérien, sur la petite île de Melrose où leur père pêchait et leur mère régnait par sa beauté. Comment survivre à tant de bonheur et de poésie ? Leur enfance éblouie et perdue préfigure les drames inévitables de l'âge adulte. Parce qu'ils refusent de mûrir, de vieillir, leurs rêves d'art, d'exploits, de justice vont se heurter à la brutalité du monde réel. La géniale et tragique Savannah et ses frères affrontent l'amour, la solitude et la peur de vivre avec une ironie désespérée. De leurs blessures inguérissables naissent des fous rires sans fin et une immense tendresse.

Entre l'émotion et la vivifiante intelligence, "Le Prince des Marées" est un de ces livres magiques qui peuvent vous briser le coeur, un de ceux que l'on n'oublie jamais.

Vous est-il déjà arrivé d’étirer la lecture d’un roman parce que vous craignez le moment où il sera terminé, où vous auriez tourné la dernière page? C’est ce qui m’est arrivé avec ce magnifique roman de Pat Conroy. J’ai été profondément émue par cette histoire familiale. L’odeur des crevettes, les embruns salés des marécages m’ont accompagné tout au long de ma lecture. Je me suis rarement autant attachée à un personnage qu’à ce Tom Wingo de Colleton, Caroline du Sud. Cet homme brisé, écorché, souffrant, mais qui garde espoir malgré tout, j’aurais eu envie de lui posé sa tête sur mes genoux et de lui caresser les cheveux. Il y a aussi beaucoup de tendresse, d’humour et de dérision dans cette histoire. Pat Conroy, délicatement et sans prétention, nous offre une œuvre magistrale, toute en finesse et sensibilité. Un roman tout simplement inoubliable.

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10/10

Extraits:

« De ses erreurs passés, elle avait tiré et codifié une éthique naturelle : l’amour n’était pas la demoiselle d’honneur obligée du désespoir; l’amour n’impliquait pas la souffrance. Forte de se savoir, elle était revenue tranquillement à la vie qu’elle avait abandonnée. Chaque fois que mon père nous battait, ma mère disait : « C’est seulement parce qu’il vous aime qu’il a frappé. » Chaque fois qu’elle-même nous tapait avec sa brosse à cheveux, son manche à balai ou ses mains nues, elle le faisait au nom et sous le signe de l’amour. […] Mais ma grand-mère rapporta de ses lointains voyages une doctrine révolutionnaire : L’amour ignore les larmes; il ignore les poings. L’amour ne laisse pas de bleus, il ne fait pas saigner. Au début, nous nous dérobâmes tous les trois lorsqu’elle voulut nous serrer dans ses bras, nous prendre sur ses genoux. Tolitha caressa nos visages, nos cheveux. Elle nous embrassa jusqu’à nous faire ronronner comme des chatons. Elle chantait nos louanges par des refrains de son invention. Elle nous disait que nous étions beaux. Elle nous disait que nous étions extraordinaire et que nous accomplirions de grandes choses. » p.201-202

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« Je vécus mon enfance persuadé qu’un jour mon père me tuerait. Mais je vivais dans un monde où l’on n’expliquait rien aux enfants, sauf la suprématie du concept de loyauté. J’appris de ma mère que la loyauté était la façon de faire bonne figure quand on fondait toute sa vie sur une accumulation de mensonges insignes. » p.208

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« Ce que je sais de l’amour humain, je le tiens d’abord de mes parents; chez eux, l’amour était privation et dessèchement. Mon enfance fut placée sous le sceau du danger, du désordre et des menues mises en garde. » p.372

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Le Prince des Marées, Pat Conroy, Presses de la Renaissance (France-Loisirs), 1988, 851p.

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